Le nouveau président taïwanais, Chen Shui-bian, a accroché au-dessus de son bureau la photographie de la célèbre poignée de main entre Kim Dae-jung et Kim Jung-il lors de leur sommet de la réconciliation en juin dernier. Cet admirateur du dernier Prix Nobel de la paix veut voir dans la démarche coréenne un modèle pour un rapprochement futur entre les deux Chine. Et, depuis son élection en mars dernier, il a tenté à plusieurs reprises de relancer un dialogue interrompu depuis plus de cinq ans. Des propositions toujours rejetées par Pékin au nom du principe d'une seule Chine, un principe auquel refusent d'adhérer les Taïwanais.

L'entrée dans le nouveau siècle marque toutefois un tournant dans les relations entre les deux rives du détroit de Formose. Mardi, pour la première fois depuis la victoire communiste il y a cinquante et un ans, trois bateaux taïwanais ont pu gagner le plus officiellement possible un port chinois. L'interdit de Taipei, qui était l'un des derniers legs de la guerre froide, fait partie de l'histoire. Et les Taïwanais peuvent désormais directement rejoindre le continent sans transiter par un pays tiers.

La mesure est avant tout symbolique et reste limitée. Depuis une dizaine d'années, la contrebande de biens et le passage illégal des personnes étaient monnaie courante. Elle n'en est pas moins une étape importante vers l'apaisement. Le premier de l'an, Chen Shui-bian a plaidé pour une normalisation des relations économiques entre les deux pays et proposé un cadre pour la discussion entre les deux frères ennemis. Et Taïwan se met à espérer que le détroit – jusqu'ici considéré comme une source potentielle de crise majeure pour la paix mondiale – se transforme en un lieu d'échange culturel et commercial qui dominera le XXIe siècle. Taïwan possède le savoir technologique et des montagnes de devises. La Chine, une armée de travailleurs bon marché. Et les deux pays s'apprêtent à rejoindre l'OMC. Malgré la guerre des mots qui persiste entre les deux gouvernements, les deux îlots fortifiés de Quemoy et Matsu pourraient se transformer en un pont de la réconciliation et de la nouvelle domination chinoise dans la région.

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