Les deux dernières années que Kaspar Villiger s'apprête à passer au Conseil fédéral s'annoncent difficiles. Le ministre des Finances, qui a fêté ses 60 ans lundi et sera président de la Confédération l'an prochain, se trouve en effet dans une situation délicate. Alors qu'il y a, bien sûr, tout lieu de s'en réjouir, l'extraordinaire embellie des comptes fédéraux se révèle être un traquenard pour lui. Un traquenard dans lequel il s'est laissé piéger à la fin de l'an dernier.

Kaspar Villiger a raison sur le fond: c'est en période de bonne conjoncture qu'un ministre des Finances doit batailler avec la plus grande fermeté, car il est confronté à toute une série de requêtes qui menacent de vider sa caisse d'ici à la prochaine récession. Cette faute a été commise dans les années 80; l'argentier fédéral ne veut pas la répéter, ce qui est tout à fait légitime.

Reste à bien s'y prendre, et, sur ce plan, Kaspar Villiger a commis une erreur stratégique lorsqu'il a gelé le paquet d'allégements fiscaux en décembre. Certes, cette réforme fiscale va être relancée sous peu. Le stratagème employé par le chef du Département des finances avait cependant pour but d'obtenir du parlement qu'il lui laisse sa part de TVA pour financer la participation de la Confédération au financement de l'AVS. Il a obtenu ce qu'il voulait, mais l'amélioration spectaculaire des comptes 2000 a mis le parlement de mauvaise humeur. Celui-ci s'est senti trompé et risque de se montrer impitoyable envers un ministre dont la crédibilité est désormais entamée. Kaspar Villiger subira des pressions très fortes ces prochains mois. Des pressions auxquelles il pourra d'autant plus difficilement résister que son propre parti mène la fronde. On est finalement amené à se demander si, alors qu'il est au Conseil fédéral depuis douze ans, il n'est pas en train de faire l'étape de trop.

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