Faut-il vraiment s'étonner de ce que les électeurs français, dimanche, avaient à dire? Au risque de surprendre, on serait tenté de répondre par la négative. Après une campagne intense, et où le taux de participation comme l'émergence de listes citoyennes et contestataires ont dit la vitalité politique, la gauche a perdu bien des positions. Dans nombre de villes moyennes du pays, elle a dû céder sa place. Tandis que la droite, elle, s'affiche et s'affirme.

A cela, on discernera plusieurs raisons cumulées. Le fait, déjà lisible au premier tour, que la droite est (et reste) majoritaire. Le fait aussi que, habituellement, une élection intermédiaire comme celle-ci est rarement favorable au gouvernement en place. Le fait enfin que, dans plusieurs villes sensibles, comme à Blois, l'extrême droite a appelé à voter en faveur du candidat de droite. On y ajoutera l'imprudence de certaines vedettes qui, croyant dans leur bonne fortune, ont minimisé un fait essentiel: l'exigence de proximité de citoyens. A Blois, Jack Lang l'a appris à ses dépens, comme plusieurs autres, au nombre desquels il faudra compter un parachuté de poids: Philippe Séguin à Paris. Les connaisseurs du fait électoral dans l'Hexagone notent aussi qu'après un mandat un maire a toutes les chances d'être réélu: les Gayssot, les Guigou ne l'avaient pas compris. Avec cette gloire du local, il est dès lors très difficile de tirer une leçon nationale de cette nuée d'empoignades locales, puisqu'à Paris, comme à Lyon, la gauche marque une solide avance.

Populaire, le gouvernement Jospin l'est. L'enjeu se situe donc ailleurs: dans la conduite, observée de près, des gestionnaires. Ils peuvent être de droite – et ils sont nombreux. Ils peuvent être de gauche. Restent les «cas» parisien et lyonnais. Où, dès qu'apparaissent des enjeux immanquablement plus idéologiques qu'ailleurs – dimensions obligent – la droite fait apparaître, jusqu'à la caricature, son désarroi et surtout ses inlassables disputes de chefs. La droite, là, est malade. L'élection présidentielle, dans un an, peut s'en

ressentir.

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