Dans la sphère économique, on affectionne la langue de Shakespeare. D'une négociation, on dira ainsi qu'elle débouche sur une situation win-win si toutes les parties ont le sentiment d'avoir obtenu gain de cause. En politique, le PDC pourra bientôt se vanter d'être à l'origine d'une nouvelle expression, moins joyeuse, la «situation lose-lose»: tout le monde y perd. Sur la question de l'avortement, il se trouve en effet dans un dilemme inextricable.

La logique voudrait que le PDC lance un référendum contre le régime du délai. L'aile droite du parti, soucieuse de durcir le ton après les atermoiements de la campagne européenne, préconise cette solution. Pour une formation qui, fidèle à ses racines catholiques, s'oppose depuis toujours à l'interruption volontaire de grossesse, c'est aussi, incontestablement, la solution la plus cohérente. Parmi ses électeurs, ils seraient nombreux à ne pas comprendre qu'on ne se lance pas avec énergie et conviction dans la bataille. Et le risque, bien réel, serait alors que, à la prochaine élection, ils s'en aillent soutenir l'UDC, dont la progression constante depuis plusieurs années constitue une menace mortelle pour les démo-chrétiens.

Le problème, c'est que la route de ce référendum est pavée d'embûches. Durant la campagne, le PDC aura toutes les peines du monde à se différencier des groupuscules extrémistes qui militent fanatiquement contre l'avortement. L'image du parti en prendra un coup, en particulier dans son électorat urbain. D'autre part, selon les sondages, le régime du délai a d'excellentes chances d'être accepté en votation populaire. Le PDC veut-il vraiment emprunter le chemin tant de fois parcouru par le parti socialiste, grand spécialiste de la défense des causes perdues d'avance?

Lancer ou ne pas lancer le référendum, telle est la question que se pose le PDC, qui doit choisir entre perdre son âme et des électeurs ou perdre une votation. Pas vraiment une perspective qui laisse entrevoir des lendemains qui chantent.

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