Dans l'air depuis plusieurs mois, c'est maintenant devenu officiel: les finances de la Confédération se portent bien, merveilleusement bien. Même notre ministre des Finances, dont le métier est précisément d'être pessimiste en la matière, en convient désormais. Voilà donc une situation nouvelle et assumée comme telle. Comment ce changement de paradigme va-t-il influer sur le climat politique helvétique?

Inévitablement, la Suisse va à son tour être amenée à s'inquiéter du meilleur moyen d'utiliser les fruits d'une croissance économique enfin retrouvée après une décennie de vaches maigres. Il y a belle lurette que, de l'Allemagne à la Grande-Bretagne, en passant par la France et l'Italie, on évoque ouvertement la nécessité de réduire la dette publique et de baisser les impôts. Telles sont donc les mesures qui deviennent d'actualité.

En Suisse, le remboursement de la dette devrait être considéré comme une priorité. Non que cette dernière ait atteint des sommets insupportables en comparaison internationale. Mais comme elle culmine aujourd'hui à un niveau deux fois et demi plus élevé qu'en 1990, il est naturel de chercher maintenant à inverser la tendance. La place financière suisse devrait également appartenir au premier cercle des bénéficiaires de la santé retrouvée de l'économie. Il serait bon que le droit de timbre, bientôt réduit d'un quart, soit ultérieurement abaissé. Plus compétitives vis-à-vis de leurs concurrentes étrangères, les banques suisses s'en trouveraient ainsi mieux armées pour s'adapter à la levée du secret bancaire – un privilège destiné tôt ou tard à disparaître.

Enfin, les classes moyennes ne devraient pas être oubliées. Ce sont elles qui subissent le plus lourdement la progression de l'impôt fédéral direct. Si l'embellie conjoncturelle se maintient – ce qui devrait être le cas à moyen terme –, il serait juste qu'elles ne soient pas les dernières à en profiter.

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