Dans la longue histoire qui oppose l'Alpe aux camions, l'incendie du tunnel du Mont-Blanc marquera une date. Cette catastrophe aura peut-être eu pour effet d'éveiller en France le sentiment qui a convaincu la Suisse d'accepter l'initiative des Alpes et le percement des transversales alpines. Qu'il s'agisse des Chamoniards, qui retrouvent l'air pur et le silence, ou des riverains des routes nationales qu'empruntent désormais les «Hannibal mécaniques» dans les Hautes Alpes, chacun a un même cri: plus de camions!

Ce n'est évidemment pas sur une telle réaction que l'on construit une politique des transports, mais il est rassurant de voir que la Suisse est désormais moins seule dans son ambition de réduire la nuisance des poids lourds. Les Français, avec l'incendie du tunnel du Mont-Blanc, découvrent les dangers d'une politique qui a tout misé sur le camion. Les Allemands, pour de tout autres raisons, font un chemin semblable: à cause des bouchons endémiques qui engorgent leur réseau autoroutier, et que les départs en vacances de ce début d'été ont transformé en paralysie générale, le ministre des Transports a annoncé l'introduction d'une taxe poids lourds à dater de 2002.

Le temps est donc loin de l'incompréhension irritée que la Suisse affrontait sur ce dossier lorsqu'elle ouvrait à Bruxelles les négociations bilatérales. La situation n'a même jamais été meilleure pour faire avancer sa cause dans une Europe où le rose et le vert ont pavillon haut, et où plusieurs pays mesurent désormais le caractère majeur du défi posé par le transport routier. Pour la première fois, on assiste dans l'Union européenne à la naissance d'une véritable solidarité alpine qui pourrait bientôt consoler la Suisse d'avoir eu raison trop tôt. Inutile de dire qu'il serait plus efficace, pour faire prospérer cette heureuse conjonction, d'être actifs et présents dans l'Union européenne, où l'essentiel va maintenant se jouer.

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