Ironie de l'histoire, les élus les plus antieuropéens du Conseil des Etats auront été en fin de compte les alliés objectifs des partisans de l'initiative «Oui à l'Europe». Si les premiers avaient consenti à adopter, au début de l'automne dernier, le plus acratopège des contre-projets, l'initiative aurait été retirée et nul ne parlerait plus, pour longtemps, de l'adhésion à l'Union européenne. Bien au contraire, les initiants sont maintenant en passe d'obtenir exactement ce qu'ils voulaient, c'est-à-dire un vrai débat sur la question, une agitation des esprits et une impulsion, bien plus qu'une réactivation immédiate, dans les faits de la demande d'adhésion. Et du coup leur propos sonne juste.

Le surprenant ralliement du PDC, en étoffant les rangs des partisans de l'initiative, rend la démarche à la fois légitime et nécessaire. Il empêche désormais de faire comme si l'initiative n'existait pas, comme si la question ne se posait pas, ce qui est l'attitude – elle va devenir inconfortable – de la majorité du Parti radical. Il dessine par ailleurs nettement les contours des deux camps en présence.

La décision des démocrates-chrétiens réduit en effet pratiquement à néant le camp du «non raisonnable» où déjà les volontaires ne se pressaient guère. Les débats du PDC, samedi à Berne, ont montré que la position «pour l'Europe, mais contre l'initiative», ne passait pas la rampe. Ce sont donc bien les partisans de l'adhésion qui affronteront ses adversaires, dans un scrutin où les premiers sont d'autant plus à l'aise pour exprimer leur opinion qu'ils ne risquent pas d'être pris au mot. Si une majorité paraît malgré tout encore difficile à atteindre, la majorité des cantons demeure en effet totalement exclue.

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