C'est un grand coup de bâton dans la fourmilière fédérale. Zurich a osé. Osé demander que son hôpital universitaire devienne le seul centre de médecine de pointe en Suisse alémanique. Au nom de l'importance de la zone couverte par l'institution. Et au nom de son rayonnement universitaire. Les cantons romands se retrouvent les alliés objectifs de cette stratégie, car ils constitueraient le second pôle. Le reste de la Suisse se hérisse quand Zurich joue «les y en a point comme nous». Ont-ils pour autant tort dans ce cas? Tout le monde demande que l'on mette de l'ordre dans la jungle des coûts de la santé. La concentration d'interventions très spécialisées a tout pour convaincre, et pas seulement les économistes.

Les directeurs cantonaux de la santé approuvent… à condition que les autres renoncent. C'est humain. Mais ils reconnaissent aussi, plus ou moins ouvertement, que la médecine de pointe ne représente qu'une partie des interventions médicales. Cela laisse de bonnes chances à chaque centre hospitalier de développer ses propres domaines d'excellence.

De fait, le gouvernement zurichois a habilement renvoyé la patate chaude à la Confédération: en faisant échouer le concordat intercantonal, Pascal Couchepin est contraint d'entrer dans le jeu. Et il lui sera plus difficile de justifier des demi-mesures qui n'ont aucun effet sur les coûts.

Le gouvernement zurichois a surtout bien réussi son coup, liant médecine de pointe et recherche. Car l'attribution de la médecine de pointe est étroitement liée à la concertation universitaire, en particulier aux pôles de recherche. Dans ce domaine aussi, les cantons ne sont pas très avancés. En revendiquant haut et fort son rôle de poids lourd, Zurich donne le ton. En clair, le gouvernement zurichois estime que, face au prix à payer, le fédéralisme consensuel a atteint ses limites. Car ce n'est pas Zurich mais l'ensemble de la Suisse qui doit jouer la carte de ses compétences face à la concurrence internationale. La position de Zurich est conséquente et mérite mieux qu'une réaction de rejet épidermique au nom du fédéralisme.

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