Le candidat néo-zélandais pour trois ans, son concurrent thaïlandais les trois années suivantes. La solution péniblement trouvée par les pays membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour se doter d'un – ou plutôt de deux – nouveau directeur général en rappelle d'autres. De plus en plus, les grandes institutions internationales peinent à remplacer leurs dirigeants, fussent-ils des exécutants. La charge symbolique croissante, dans un monde médiatisé et globalisé, transforme les enjeux de ces nominations. Parfois les oppositions traduisent des réalités concrètes, comme dans le cas de l'OMC, avec d'un côté un représentant d'une ligne «dure», celle de pays industrialisés désireux de voir les règles respectées à la lettre, et en face de lui le chantre des pays émergents, qui réclament davantage de souplesse envers l'application des accords de libre-échange.

Mais souvent les fronts s'inventent, et s'ancrent davantage dans la vanité des Etats. Ce fut le cas l'an dernier, lors de la bataille que la France mena pour contester au Néerlandais Wim Duisenberg la présidence de la Banque centrale européenne, et imposer son gouverneur Jean-Claude Trichet. Un compromis cousu de fil d'euro, mais officieux cette fois, a fini par apaiser les tensions: Duisenberg sera probablement fatigué de son poste après quatre ans, et laissera sa place. A Jean-Claude Trichet, bien sûr.

Le cas du Parlement européen, qui vient d'élire la démocrate-chrétienne française Nicole Fontaine pour un demi-mandat, est un peu différent: ce «partage technique» est une tradition liée à la cuisine partisane des eurodéputés. En revanche, l'OCDE fait face au même genre de blocage que l'OMC. Et lorsque Michel Camdessus, directeur général du Fonds monétaire international, quittera Washington, le grand cirque risque de recommencer.

Cette division artificielle des mandats est néfaste. La recherche concertée d'une personnalité forte fait place à un jeu tactique très long. Ce processus où plus personne n'est disposé à faire des concessions – puisqu'un modèle de partage est possible – bloque le bon fonctionnement des institutions, puis leur ajoute des contraintes administratives pénalisantes. La solution trouvée mardi à l'OMC est à ce titre un échec magistral.

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