L'Expo est mal aimée. On aimerait voler au secours de sa direction générale, mais voilà, à chacun ses faiblesses: nous ne sommes pas un peuple de grands imaginatifs. Ici, on veut concret, comme on dit entre Nidau et Yverdon. On peut le regretter, mais l'opinion publique s'enflamme difficilement aux grands concepts de «change management», ou à la perspective de confronter «Moi et l'Univers». Il lui faut des images, des repères pour se rassurer, des idées à débattre, des projets dans lesquels s'engager. Peut-on amener ses enfants, n'est-ce pas trop intellectuel?

Or, les coups durs – sécurité des pieux, polémique sur les salaires, retraits d'Orange et de SAirGroup – n'ont pas attendu le lancement de la grande campagne de communication populaire, prévue en mai, pour miner l'ancrage de l'Expo. Il y a dès lors quelque chose de pathétique à considérer la défense de la direction générale, réduite à promettre: «On a des problèmes, mais vous allez voir ce que vous allez voir!»

La communication de l'Expo est donc un flop. La direction générale en porte une part de responsabilité. Après la crise qui a vu Francis Matthey et ses compères politiques céder la barre, personne n'a pris la peine de renouer avec le tissu social de la région concernée et de la Suisse entière. Notamment en utilisant le relais des associations, des comités locaux. «Bottom up», dans le jargon de la com. Ainsi pour le projet Onoma, qui visait à mobiliser les quelque 3000 communes suisses, on a oublié de passer par les cantons. Incertitudes, revirements, manque d'information ont rebuté les meilleures volontés, interrogatives: «Qu'attend de nous l'Expo, où est notre place?» L'Expo, qui prétend offrir aux Suisses une image de l'univers qui les environne, a fait un péché d'orgueil, celui du petit monde des concepteurs, manageurs culturels, ingénieurs: ne pas écouter les gens. Il n'est jamais trop tard…

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.