Une «routine» de dix ans. George Bush a osé le mot pour désigner le raid de vendredi contre Bagdad. La «routine» va d'un Bush à l'autre, et il n'est pas très étonnant que ce bombardement soit la première manifestation extérieure tonitruante des républicains revenus au pouvoir.

L'abcès irakien a aussi une dimension familiale: Saddam Hussein nargue encore Bush Sr, huit ans après la chute de l'Américain. Mais il y a d'autres aspects dans la décision prise par le fils jeudi dernier. Il lui fallait s'affirmer en politique extérieure, car il devenait commun de dire que W. allait laisser la responsabilité de l'étranger à ses principaux lieutenants. Le moment de ce viril coup de menton a en outre été soigneusement choisi. Il est intervenu au terme de la tournée des popotes que George Bush a effectuée la semaine passée dans plusieurs bases militaires, pour rassurer une armée ébranlée par l'annonce qu'elle ne recevrait pas avant inventaire les milliards promis par le candidat républicain.

La virée s'est terminée, comme un couronnement, par une puissante action de guerre. Et l'Irak, au moment où le président explique les grandes lignes de sa politique de sécurité, était un utile faire-valoir. Le système de défense anti-missiles, que Bush s'est engagé à développer, n'est-il pas en particulier justifié par la menace que feraient planer, à terme, les fusées irakiennes sur les Etats-Unis?

Les plans républicains en matière de sécurité ne sont pas encore arrêtés, mais on en devine les trois lignes de force. Le nombre de charges nucléaires sera drastiquement et unilatéralement réduit, car 2500 têtes (au lieu de 7500 aujourd'hui) sont suffisantes pour répliquer à toute attaque. Le système anti-missiles NMD sera déployé, peut-être avec retard et après des consultations en Europe, à Moscou, à Pékin. Des crédits très importants seront consacrés au développement d'armements nouveaux, utilisant les technologies les plus sophistiquées.

Ces priorités ne disent rien encore des interventions extérieures auxquelles Bush est prêt. Mais le raid irakien donne une piste. Contre un adversaire comme Saddam Hussein, dans une région vitale, des armes de nouvelle génération seront utilisées en priorité. Sur d'autres terrains secondaires, les Etats-Unis seront désormais très réticents à envoyer des soldats. Les expériences cuisantes de Somalie, d'Haïti, du Kosovo les dissuadent de recommencer. Mais seule une nouvelle crise majeure permettra d'évaluer réellement la conception que les républicains ont de la sécurité américaine.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.