Face au retentissement sans précédent qu'a connu l'affaire du rapt de Stéphane Lagonico, l'issue de ce procès laisse paradoxalement un sentiment d'inachevé. Plus de deux ans d'instruction et quatre semaines d'audience n'ont fait qu'accroître la confusion des thèses et des versions présentées par les uns et les autres. Peut-être la surmédiatisation qui a précédé et entouré les débats y est-elle pour quelque chose. Ce battage, qui faisait craindre à certains un effet de sévérité accrue, a sans doute amené le Tribunal à préférer envers et contre tout la sérénité de l'audience à la confrontation. Dans un dossier si embrouillé, un peu plus d'opiniâtreté n'aurait pas été malvenue pour départager le vrai du faux. Face aux divergences, une seule litanie a prévalu: «le Tribunal appréciera». C'est désormais chose faite. Mais la vérité judiciaire qui se dégage aujourd'hui n'efface pas complètement l'impression que plus aurait pu être tenté pour amener les accusés à davantage de franchise.

Mentir pour se défendre soi-même est un droit. Mentir pour faire condamner un autre plus sévèrement est bien plus grave. Le rôle des juges aurait pu être d'essayer de le faire comprendre aux accusés. Le Tribunal correctionnel lausannois a préféré la retenue, ce qui a permis aux prévenus d'esquiver tant leurs responsabilités que la vérité. Une attitude bien peu constructive pour des jeunes gens qui, au terme de la peine infligée, ont encore un avenir dans cette société. Le message éducatif qui aurait pu être transmis avant la sanction a ainsi été le grand absent des débats. Une fois le jugement prononcé, ceux qui n'ont pas été crus se sont certes vu reprocher leur attitude. On ne saura jamais si une mise en garde préalable aurait pu influencer l'un ou l'autre des protagonistes mais elle aurait mérité d'être suggérée.

Pour la victime aussi, la persistance des contradictions et des dénégations doit avoir un goût bien amer et rendre plus aléatoire la possibilité de tourner définitivement la page après le procès. Une page qui n'est sans doute pas près de se refermer. Les recours et les médias seront là pour y veiller.

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