Au moment où le monde entier a les yeux braqués sur l'Irak de Saddam Hussein, l'assassinat, mercredi à Belgrade, du premier ministre de Serbie Zoran Djindjic vient rappeler de manière brutale la fragilité du processus de pacification dans les Balkans, épuisés par dix années de guerre. Moins de trente mois après la chute de Slobodan Milosevic, le 6 octobre 2000, le principal Etat qui constituait l'ex-Yougoslavie est entré dans une zone de fortes turbulences.

Car, en visant Zoran Djindjic, les commanditaires de sa mort ont avant tout cherché à stopper les réformes indispensables que le premier ministre, malgré ses zones d'ombre, tentait, cahin-caha, de mettre en place dans un pays en proie aux mafias et au crime organisé. Pour cette mouvance qui avait mis la Serbie en coupe réglée du temps de Milosevic, le projet réformateur et ouvert sur l'Europe de Zoran Djindjic constituait une menace directe.

Cet assassinat n'est en rien le fruit du hasard. Il arrive à un moment où les équilibres politiques et institutionnels de l'ex-République fédérale de Yougoslavie sont en pleine reconstitution après la proclamation, le 4 février dernier sous la houlette de l'Union européenne, d'un nouvel avatar d'Etat commun baptisé «Serbie et Monténégro». Il intervient aussi au moment où le dernier opposant de haut rang à une collaboration avec le Tribunal pénal international et son procureur Carla Del Ponte, le nationaliste Vojislav Kostunica, vient d'abandonner la présidence fédérale. Une conjoncture dont les partisans du statu quo ont profité pour démontrer leur pouvoir de nuisance et affirmer par la violence leur refus de tout changement.

Plongés dans un dangereux vide du pouvoir, les Serbes vont, plus que jamais, devoir se souvenir qu'ils ont su se mobiliser pacifiquement pour venir à bout de Slobodan Milosevic.

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