Comme la victoire était belle au soir du 4 mars, et de quelle façon avait-on rabattu le caquet de ces idéalistes irresponsables qui militaient pour l'adhésion à l'Union européenne! Comment pouvait-on être assez fou pour prétendre adhérer à l'UE en payant le prix fort, financièrement comme en perte de souveraineté, alors que la voie royale des négociations bilatérales, ô combien plus conformes à notre vision du monde et à nos intérêts, s'ouvrait une nouvelle fois à nous?

Tout était en effet pour le mieux. On allait consentir à contrôler plus étroitement la contrebande de cigarettes, céder le moins possible sur le secret bancaire et obtenir en échange l'accès à Schengenland. Personne ne savait exactement ce que signifiait l'intégration à part entière dans l'espace Schengen, mais le Conseil fédéral semblait en avoir tellement envie que ne pouvaient qu'y couler le lait et le miel.

De toute façon, les Suisses avaient manifesté une telle aversion, dans les urnes, envers la perspective d'une adhésion, l'avaient repoussée si loin dans le temps, qu'ils se condamnaient pratiquement à cette nouvelle approche bilatérale. On commença dès lors à s'intéresser aux conditions d'admission dans la terre promise, et même à s'en inquiéter.

Et il apparaît justement, à y regarder de plus près, que Schengenland serait un endroit beaucoup plus aride et inhospitalier que prévu, et que la voie bilatérale bis menace d'ores et déjà de se terminer en impasse. Mais que faire d'autre, puisque l'on a tout misé sur une seule solution, que de persévérer? Le Conseil fédéral ne peut courir ni le risque du ridicule en renonçant à l'espace Schengen, ni celui de s'exposer à une terrible pression sur le secret bancaire sans rien demander en échange.

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