«Mourir pour qui?» La campagne de Christoph Blocher contre l'envoi de soldats armés à l'étranger donne le ton. L'offensive de l'ASIN et de l'UDC sera massive, émotionnelle et difficile à contrer. Les nationalistes jouent sur du velours. Côté émotion, les croix des

cimetières militaires «mourir pour des puissances étrangères?», côté porte-monnaie, «les milliards gaspillés» et côté idéologique la défense d'une neutralité mythique mâtinée de fierté de Waldstätten «nous ne serons pas les marionnettes de l'OTAN».

Le rejet de l'OTAN trouve aussi des échos à gauche où l'antiaméricanisme primaire fait toujours recette. Allié objectif de Blocher et de l'ASIN, cette fraction de la gauche, incapable de sortir de sa rhétorique héritée de la guerre froide, se comporte en milice supplétive de la machine de guerre UDC. Isolationnistes de tous les partis unissez-vous!

Mais que répondre à ce discours émotionnel? Les arguments plaidant en faveur de l'envoi de soldats armés dans des missions de paix tiennent soit de la raison pure, soit d'un idéalisme difficilement communicatif. Et faire passer dans l'opinion la nécessité de participer à la marche du monde et à sa police, de partager les efforts de paix avec nos voisins et d'en payer le prix, tiendra de l'exploit. Le Conseil fédéral, qui se targue d'avoir été suivi sur l'Europe, devra s'engager à fond s'il veut l'emporter et prouver la crédibilité de sa stratégie.

Au soir du 10juin, c'est un rapport de force entre partisans d'une politique étrangère d'ouverture et défenseurs d'une stratégie solitaire qui sera mesuré. La voie de la participation ou la position du hérisson. Ne nous y trompons pas, si ce projet est refusé, la votation suivante sur l'adhésion à l'ONU sera très mal partie. Et c'est toute la politique étrangère du Conseil fédéral qui se verrait sanctionnée. La Suisse se retrouverait dans une impasse qui ramènerait sa diplomatie au seul commerce extérieur. Une défaite en rase campagne du politique. La vision stratégique de Christoph Blocher apparaît dès lors clairement: une Suisse ultralibérale ouverte sur les marchés mondiaux avec le nationalisme comme ciment idéologique intérieur. L'enjeu du 10juin est donc posé. Et la tâche s'annonce périlleuse car l'ouverture est une valeur en chute libre à la bourse des idées suisses.

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