En retirant sa licence bancaire à une filiale du Credit Suisse, les autorités financières japonaises ont choisi la sanction la plus sévère à l'égard d'un établissement étranger au Japon depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans un contexte où le laxisme de la législation fiscale et bancaire japonaise a été vivement critiqué par les Occidentaux, les efforts de la FSA, l'autorité financière japonaise, pour assainir le secteur ne peuvent qu'être salués.

Mais la crédibilité de ce nouvel organisme, désireux d'afficher son indépendance vis-à-vis du Ministère des finances, est toujours en jeu. Aussi la punition imposée au Credit Suisse fait-elle figure de test, et on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi les autorités japonaises ont choisi un cobaye suisse… à défaut d'un américain. Car d'autres banques, coupables des mêmes écarts, sont également dans le collimateur des autorités japonaises, comme l'américaine Lehman Brothers.

Pour certains, le pas est vite franchi: il est plus facile de punir la Suisse que les Etats-Unis. Le Credit Suisse a donc payé le premier. Une constatation douloureuse, qui ravive le souvenir de l'affaire des fonds en déshérence, dans laquelle la Suisse et ses banques s'étaient déjà trouvées seules et en première ligne. L'impact de la décision des autorités japonaises sur les finances du Credit Suisse sera minime, car seuls 3% du bénéfice brut du groupe proviennent du Japon. Mais attaquée dans un des centres nerveux de la finance mondiale, la réputation de la banque prend un coup sérieux. Le groupe souffrira en outre d'être mis à l'écart d'un marché en pleine restructuration, qui offre de nombreuses opportunités.

La décision de la FSA est-elle fondée? Oui, si elle va au-delà de la punition exemplaire d'un bouc émissaire, et si elle est suivie d'autres gestes démontrant une réelle volonté d'assainir la situation. Non, si elle annonce le retour à un protectionnisme déguisé contre les étrangers.

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