Refaire l'histoire est sans doute un exercice vain, mais c'est par là qu'il aurait fallu commencer, avant que la poudre ne parle dans l'ex-Yougoslavie: un pacte de stabilité pour les Balkans, sous forte pression internationale. Le tardif plan de Sarajevo devra à grands frais panser les plaies des combats, encore béantes, réparer et reconstruire, tenter d'apaiser des haines cultivées dans la guerre, dont les métastases prolifèrent dans toute la région. La Bosnie affiche la difficulté de la tâche: les armes s'y sont tues, mais le pays demeure une république des rejets et des divisions.

Au Kosovo, alors que la violence fut plus grande encore, la guerre a paradoxalement abouti, dans le cynisme, à une situation moins complexe. Après un an de combats atroces, trois mois de bombardements impuissants à arrêter une massive opération de nettoyage ethnique, un camp l'a emporté, à ses conditions, qui ne sont pas celles qu'affichent les Occidentaux. L'Armée de libération du Kosovo est désormais, sous le couvercle de l'ONU, le véritable détenteur du pouvoir. Et malgré les supplications de Bernard Kouchner, l'objectif affirmé par les Nations unies de restaurer une coexistence ne sera pas atteint: les Serbes, coupables de crimes ou innocents, ont quitté en masse le Kosovo et ils n'y reviendront pas. Le HCR évalue le nombre de ceux qui sont restés à 30 000 (sur 2 millions). La restauration ultérieure de la souveraineté serbe sur le Kosovo, promise par les Occidentaux, est une chimère, et la prétention de Belgrade d'y envoyer des miliciens et des soldats ne pourra pas être acceptée sous peine de rallumer la guerre.

Attendre le renversement de Slobodan Milosevic et l'instauration en Serbie d'une véritable démocratie purgée du nationalisme est une autre illusion: elle ne changera rien au désir des Albanais d'être indépendants et de ne plus avoir à faire aux Serbes. D'ailleurs, les discours de l'opposition serbe, à bien les écouter, ne promettent pas non plus une réconciliation. Les étudiants qui lançaient l'autre jour des tracts sur Belgrade accusaient Milosevic d'avoir «vendu le Kosovo», et Vuk Draskovic demande l'interdiction de l'UÇK. La stabilité est encore loin.

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