L'intervention de Joseph Deiss et la nomination, jeudi soir, d'un médiateur en la personne de Rolf Bloch dans la grève de Swissmetal devraient permettre aux parties d'entamer enfin des négociations.

Mais la tâche reste énorme pour trouver une issue de fond à un affrontement qu'un haut responsable de l'industrie des machines n'avait «jamais vu en vingt-trois ans de carrière».

Premier enjeu, la direction de Swissmetal. Une grève peut survenir dans toute entreprise, qui en sort sans trop de dommages si le patron sait la gérer. Mais quand deux grèves surviennent dans la même société, à quatorze mois d'intervalle, pour les mêmes raisons, et que les rapports s'enveniment de jour en jour, une conclusion s'impose: le patron fait partie du problème. Il doit en tirer les conséquences.

Martin Hellweg, le jeune directeur de Swissmetal, a peut-être quelques idées pertinentes en matière de stratégie industrielle, mais on ne dirige pas une usine de métallurgie fine qu'avec des présentations PowerPoint sur un ordinateur portable. Il y faut aussi de la transparence, de la franchise et de la tripe. Pour avoir manqué des trois, Martin Hellweg a commis chez Swissmetal des dégâts dont on espère qu'ils ne sont pas irréversibles. Il a réussi à transformer un conflit local en affrontement symbolique entre «capitalisme financier aveugle» et «bon sens industriel», entre Zurich et Jura.

Dans une entreprise normale, le départ d'un tel directeur amènerait le président du conseil d'administration à assurer la transition vers un patron moins conflictuel, quitte à réaffirmer la stratégie générale - qui est de son ressort. Mais Swissmetal n'est pas une entreprise normale. Friedrich Sauerländer, président faiblard du conseil depuis un an, a épuisé son capital de crédibilité.

On se tourne alors vers les actionnaires, qu'il faudrait probablement convoquer en assemblée générale extraordinaire. Or Swissmetal ne compte aucun actionnaire dit de référence, détenant une part substantielle du capital. Ce sont des fonds comme Swisscanto qui possèdent quelques pour-cent des actions et s'intéressent plus à leur cours actuel - stable - qu'au capital humain dans lequel ils ont investi. Ceux-ci doivent aujourd'hui assumer leur responsabilité.

Enfin, les grévistes et les habitants de la région de Reconvilier doivent admettre que le savoir-faire de «la Boillat» n'est plus une réponse suffisante dans un marché de plus en plus concurrentiel. Beaucoup de ses clients ont déjà voté avec leurs pieds. La priorité est à la reprise du travail et à leur reconquête.

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