Le sentiment d'inachevé flottant autour de l'affaire des fonds en déshérence vient d'une question restée sans réponse: combien d'argent juif les banques suisses ont-elles indûment gardé dans leurs coffres? Les 800 millions de dollars (intérêts compris) décrétés par la justice new-yorkaise et les 21 000 nouveaux comptes publiés aujourd'hui suite à l'inquisition

Volcker ont un lien très élastique avec la réalité historique. Face à ces chiffres gonflés pour justifier des ambitions personnelles, électorales, ou a posteriori la brutalité parfois scandaleuse des attaques contre la Suisse, les vrais montants ne seront jamais connus. Pour mettre les pieds dans le plat, on peut les estimer plus proches des «peanuts» concédés par l'ex-patron de l'UBS Robert Studer avec cette finesse qui lui a coûté si cher que des milliards avancés par les plaignants.

L'autre question de fond concerne peu les Suisses mais occupe désormais le devant de la scène: le processus de répartition imaginé aux Etats-Unis dédommage-t-il équitablement les victimes du nazisme? Il est permis d'en douter. Le fort accent politique mis sur les titulaires de comptes les avantage outrageusement au détriment d'autres persécutés – réfugiés refoulés, travailleurs forcés. Pas étonnant que le malaise enfle au sein même de la communauté juive face à une machinerie pratiquant le même juridisme tatillon qui fut longtemps reproché aux banques suisses.

Faut-il pour autant afficher une mine d'enterrement comme celles vues il y a dix jours lors d'un séminaire bilan sur l'affaire, ressasser les «batailles perdues»? Non. D'abord, il n'est pas dommage que ceux qui avaient voulu protéger leur bien le retrouvent après avoir été enfin écoutés, que des milliers de survivants reçoivent une indemnité dont la portée symbolique et parfois matérielle est appréciée.

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