On la peint volontiers en bulldozer, mais Carla Del Ponte cherche surtout à séduire. Depuis sa désignation comme procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda, elle a passé plus de temps en voyage qu'à La Haye. De Paris à Banja Luka, de Kigali à Zagreb, en passant et en repassant par New York et Bruxelles, elle poursuit, de rencontre en rencontre, le même but: convaincre ses interlocuteurs qu'elle joue franc jeu et qu'ils ont, au bout du compte, intérêt à jouer avec elle.

Ses moyens de pression sont limités? Elle le sait. Mais elle sait aussi que le temps – et l'opinion publique – travaille pour elle. Et elle croit, profondément, que ce qu'elle fait a un sens. Alors, elle a avalé les insultes des représentants de l'ancien pouvoir yougoslave, elle laisse dire ceux qui continuent à traiter le TPIY comme un gadget qu'on pourrait remiser dès qu'il devient diplomatiquement gênant. Et, entre deux tête-à-tête diplomatiques, elle donne des interviews, prend la parole dans les universités, s'explique, encore et toujours, sur son action.

Ce style peut surprendre de la part d'une magistrate dont le rang supranational devrait en théorie lui permettre un mode de travail plus majestueux. Ce serait oublier que, si elle est certes visible, la justice internationale est très loin d'être entrée dans les mœurs. Sans tradition, sans force de police sur laquelle s'appuyer, elle en est réduite à prouver le mouvement en marchant – c'est-à-dire en produisant des résultats. Et, à cet égard, la méthode Del Ponte porte ses fruits. En arrivant aujourd'hui à Belgrade, elle sait qu'elle y rencontrera Vojislav Kostunica. C'est plus que quiconque n'augurait dans les semaines précédentes. Elle ne repartira pas avec Slobodan Milosevic dans ses bagages, c'est évident .Le sort du tyran déchu ne sera même très certainement pas réglé avant longtemps Mais elle aura mis un pied dans la porte. Comme un certain Baltazar Garzon qui, en faisant arrêter Augusto Pinochet à Londres en octobre 1998, a mis en route la mécanique incertaine et cahotante qui devrait l'amener aujourd'hui à comparaître pour la première fois devant un juge chilien.

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