L'idée que, au nom de l'égalité de traitement, le fisc puisse happer les milliards qui changent de poche lors de grosses transactions boursières ou de fusions de sociétés a évidemment quelque chose de séduisant. Le fait que de nombreux autres pays, par exemple les Etats-Unis, disposent d'un tel instrument fiscal fait évidemment réfléchir. Mais se satisfaire de cette double perspective pour décréter que la Suisse doit absolument introduire un impôt sur les gains en capital est un peu court.

Kaspar Villiger a malheureusement raison lorsqu'il dit qu'il faut comparer l'ensemble d'un système fiscal avec un autre avant de décider de compléter la panoplie par un nouvel impôt. Certes, la Suisse ne taxe pas les gains réalisés en capital sur la fortune mobilière. Mais elle dispose d'un impôt fédéral direct qui, par sa progressivité, met fortement à contribution les personnes les plus fortunées du pays, donc aussi celles qui réalisent les gains boursiers les plus élevés. Et les cantons ont un impôt sur la fortune qui est loin d'être négligeable, puisqu'il représente 4% de l'ensemble des recettes fiscales, alors que l'impôt sur les gains en capital américain ne dépasse pas 3,5% des rentrées globales. C'est dire que le système suisse, s'il demeure perfectible, n'est pas si mauvais que cela.

L'impôt sur les gains en capital tel qu'il est proposé par l'Union syndicale suisse souffre d'un autre défaut: il risque de frapper les petits et moyens investisseurs, alors que les gros boursicoteurs, ceux que l'on cherche à taxer, trouveront toujours le moyen d'échapper à l'impôt, en transférant par exemple leurs opérations sous des cieux fiscaux plus cléments. Il risque par conséquent de frapper à côté de la plaque. Il n'empêche, et c'est là tout son mérite, que l'initiative de l'USS a obligé Kaspar Villiger à bouger afin de combler une lacune: l'imposition des gains de participation contribuerait en effet à calmer une opinion publique choquée par les milliards encaissés par les hauts voltigeurs de la finance. Le ministre des Finances sait que l'initiative – le résultat plutôt serré du National lundi l'a démontré – jouit d'une popularité certaine. A lui de faire en sorte que l'impôt sur les participations ne reste pas enfermé au fond d'un tiroir.

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.