C'est un drôle de mélange qu'a concocté l'alchimiste du Conseil fédéral en liant la privatisation de Swisscom à la création d'une banque postale d'Etat. Si l'on peut comprendre les raisons tactiques de Moritz Leuenberger – faire passer la pilule du désengagement de la Confédération de Swisscom par la création d'une banque censée donner à La Poste les moyens de ses ambitions –, on devine mal la logique économique et politique qui sous-tend ce tour de passe-passe. Il est cohérent que la Confédération se désengage du secteur libéralisé des télécommunications et la même logique devrait l'amener à ne pas s'engager dans la création d'une banque.

La transformation de Swisscom doit permettre le moment venu à cette entreprise de tisser des alliances que l'évolution du marché européen des télécommunications rendra sans doute incontournables. Même si un jour Swisscom devait se fondre dans une entité plus grande, le service au public n'en serait pas affecté. Personne ne devrait aujourd'hui regretter l'ancien monopole, le temps du téléphone mural et des tarifs de communication prohibitifs. Grâce à la libéralisation et aux nouvelles technologies, les prestations sont incomparablement meilleures et infiniment moins chères. Le service à la population et aux entreprises en est ressorti gagnant. Il faut une bonne dose de mauvaise foi – ou d'aveuglement idéologique – pour oser aujourd'hui parler de bradage du service public. Cette partie-là du projet du Conseil fédéral doit aboutir.

Il en va tout autrement de la création d'une banque postale. Elle ne répond à aucun besoin. Les services bancaires de proximité sont largement couverts par les réseaux des banques cantonales et des caisses Raiffeisen. Pourquoi donc créer une banque fédérale que l'on privatisera forcément dans quelques années? La Poste est en pleine mutation en Suisse comme en Europe. Elle doit trouver les moyens d'améliorer sa rentabilité, mais admettons aussi qu'un certain nombre de services publics ne seront jamais profitables. Il est absurde en revanche de vouloir créer de nouvelles entités économiques – telle une banque postale – qui ne correspondent pas à une mission de service public pour financer des secteurs déficitaires.

Ce paquet mal ficelé doit être démantelé. L'honnêteté politique voudrait que l'on présente au moins séparément les deux objets pour que le peuple se prononce sans avoir les mains liées.

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