La nomination de Jean-Blaise Defago au poste de secrétaire général de l'UDC, en janvier 2000, avait laissé croire que le parti de Christoph Blocher cherchait à soigner son image en Suisse romande. Ce n'était sans doute qu'une illusion. Le pamphlet vitriolé – curieusement adouci dans sa traduction française – publié par Maximilian Reimann, qui a bien sûr le droit de penser ce qu'il veut, vient rappeler qu'il y a, au sein de l'UDC, des gens qui continuent de considérer les Romands comme des assistés et des geignards. Les critiques qu'il formule pourraient être admises si elles n'étaient qu'une provocation destinée à renforcer le ciment national. Mais ce n'est pas le cas: son pamphlet ne fera qu'approfondir le fossé linguistique, fossé qui – faut-il le rappeler? – est particulièrement béant dans son propre parti. Certes, l'UDC progresse à petits pas, çà et là, dans les terres romandes, mais on est loin des raz de marée observés outre-Sarine. Elle reste profondément alémanique, et ce n'est pas le changement de secrétaire général qui renversera la tendance. D'autant moins que la désignation de Gregor A. Rutz, qui doit encore être confirmée par le comité central notamment parce que les Romands se sont sentis placés devant le fait accompli, ne vient que renforcer le poids du camp blochérien dans le parti. C'est une réalité dont les partisans d'une politique moins oppositionnelle, en particulier les Romands et les Bernois, doivent prendre acte. Il leur appartient désormais de réagir avec force s'ils ne veulent pas se faire engloutir dans une formation de moins en moins sensible aux équilibres nationaux, toujours plus positionnée sur une stratégie de confrontation. Réagir ne signifie pas déclarer benoîtement qu'on arrive encore à se faire entendre, car ce n'est plus vrai. Et s'il en est un qui le sait mieux que quiconque, c'est Walter Schmied: élu du Jura bernois francophone, c'est en allemand qu'il s'exprime dans son parti lorsqu'il veut se faire comprendre…

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