Peut-on exclure que le deuxième train de négociations bilatérales avec l'Union européenne soit dès le départ un véritable marché de dupes? Et si l'Union européenne n'avait consenti à traiter de l'espace Schengen – à titre exploratoire pour l'instant – qu'avec la conviction que le résultat serait inacceptable pour la Suisse? Ce serait pour Bruxelles tout bénéfice que d'obtenir l'ouverture de négociations sur les objets qui lui tiennent vraiment à cœur, c'est-à-dire la lutte contre la fraude et la fiscalité, en échange de discussions promises à l'impasse sur le dossier qui importe aux Suisses.

Le rapport de la Commission européenne sur l'association de la Suisse à l'acquis de Schengen soulève en effet un monceau d'interrogations d'ordre technique et institutionnel et implique un tel niveau d'abandon de souveraineté qu'on voit mal comment la Suisse pourrait y consentir. Et encore ce rapport n'aborde-t-il pas l'aspect de pure politique intérieure. A qui le Conseil fédéral espère-t-il vendre un accord sur l'espace Schengen? Tout obsédés qu'ils soient par la dimension sécuritaire et les problèmes liés à l'asile, les milieux nationalistes feront toujours passer la souveraineté avant la sécurité. L'économie a obtenu à peu près tout ce qu'elle désirait avec les accords sectoriels. On ne voit pas la gauche s'enthousiasmer pour, entre autres, un fichier de police européen. Quant aux militants proeuropéens, ils se sont déjà fait rouler une fois dans la farine avec les premiers accords bilatéraux. On ne les reprendra pas de sitôt à soutenir un accord qui, en offrant à la Suisse le volet sécuritaire en plus du volet économique, éloignerait une nouvelle fois la perspective d'une adhésion et donc d'une participation à l'Europe politique.

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