Publicité

La fin de l’impunité de Donald Trump

ÉDITORIAL. D’autres inculpations attendent le favori républicain pour la présidentielle de 2024. Si sa faculté à passer entre les mailles de la justice vole en éclats, son aura politique, elle, se porte à merveille

L'ancien président Donald Trump quittant sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, pour se rendre à la convocation de la justice new-yorkaise, le 3 avril 2023. — © MARCO BELLO / REUTERS
L'ancien président Donald Trump quittant sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, pour se rendre à la convocation de la justice new-yorkaise, le 3 avril 2023. — © MARCO BELLO / REUTERS

Donald Trump continue de faire l’Histoire. Deux mois après être devenu le premier ancien président américain inculpé, il est désormais poursuivi par la justice fédérale pour avoir gardé des centaines de documents confidentiels dans sa résidence de Mar-a-Lago et les avoir dissimulés à la justice qui les réclamait. Les charges qui lui seront formellement notifiées mardi prochain sont bien plus graves que les accusations portées par la justice new-yorkaise au mois d’avril.

Lire aussi: Documents confidentiels: Donald Trump fait face à des accusations dévastatrices

Personne n’est au-dessus de la loi. Ce principe devrait s’appliquer dans toute démocratie. Pourtant, l’ancien président n’est pas un justiciable comme un autre. Car il brigue à nouveau le suffrage populaire. De la même manière que la justice n’a pas à se soucier des implications politiques de ses actions mais doit se prononcer sur les faits reprochés, aucune règle juridique n’empêche Donald Trump de briguer la fonction suprême et d’être élu. Il pourrait même légalement mener sa campagne depuis une cellule de prison.

Donald Trump a beau jeu d’accuser une justice prétendument aux ordres de la Maison-Blanche. S’agissant des documents confidentiels, rien ne vient accréditer cette thèse. L’inculpation a été prononcée par un grand jury populaire formé à Miami, un endroit supposé plus favorable à l’ancien président que la très démocrate New York. Et la juge qui présidera la comparution de Donald Trump mardi a été nommée par lui.

Enfin, il n’y a pas deux poids, deux mesures, puisque le président Joe Biden est lui aussi sous enquête, après la découverte de documents confidentiels chez lui et dans un ancien bureau. Les dossiers retrouvés étaient toutefois bien moins nombreux et Joe Biden, lui, a collaboré avec la justice.

L’adage dit que les faits sont têtus. Sauf qu’il n’est plus si vrai à l’ère de la réalité alternative propagée par les réseaux sociaux et déjà alimentée par l’intelligence artificielle. Ainsi, une majorité de sympathisants républicains continuent de gober les élucubrations de leur champion, qui répète que l’élection de 2020 a été volée. Si l’impunité judiciaire de Donald Trump est en train de voler en éclats, celle dont il jouit politiquement se porte à merveille.

Le crédit du favori républicain sera mis à l’épreuve à mesure que les accusations iront crescendo. Donald Trump sera sans doute encore inculpé pour sa tentative de renversement de la victoire de Joe Biden en 2020, objet d’une enquête fédérale et d’une autre menée dans l’Etat clé de Géorgie. Pour l’instant, le Parti républicain fait l’autruche et dénonce la prétendue instrumentalisation de la justice. En lançant sa campagne mercredi dernier, l’ancien vice-président Mike Pence, largué dans les sondages, posait les enjeux vitaux pour la démocratie américaine. Avant l’attaque du Capitole le 6 janvier 2021, «le président m’a demandé de choisir entre lui et la Constitution, relatait-il. Les électeurs font à nouveau face au même choix.» Ce débat essentiel va-t-il enfin avoir lieu?


Retrouvez  tous les éditoriaux du «Temps».

Les éditoriaux du Temps expriment un avis sur un sujet d’actualité traité par ailleurs sur nos supports. En ce sens, ils se distinguent donc des articles standards et se caractérisent en général par un style plus vif.