Publicité

Objectif parité: une triple révolution culturelle pour les partis de droite

EDITORIAL. Alliance F vise la parité entre les femmes et les hommes aux Chambres fédérales. Cela n’ira pas sans un changement de culture dans les partis bourgeois

Image d'illustration. Le parlement, à Berne — © Gaetan Bally/Keystone
Image d'illustration. Le parlement, à Berne — © Gaetan Bally/Keystone

Ce sont trois cartes presque banales, mais qui ont le mérite de faire prendre conscience en quelques secondes de l’ampleur du défi lancé par la faîtière des organisations féminines Alliance F: bien qu’étant déjà les grandes gagnantes des élections fédérales de 2019, les femmes sont encore absentes des députations de huit (dont les trois romands VS, NE et JU) des 26 cantons au Conseil national et même de 14 cantons au Conseil des Etats. On est donc encore loin de l’objectif de parité visé sous la coupole fédérale.

Lire aussi: A quinze mois des élections fédérales, les femmes lancent l’opération parité

Alliance F, qui lancera officiellement sa campagne de promotion des femmes le 21 septembre en invitant à Berne quelque 1500 politiciennes actives, l’a bien compris. C’est cet automne déjà que beaucoup de choses se jouent dans les arcanes des partis cantonaux. La faîtière compte s’adresser directement à tous les membres de leurs comités directeurs en leur envoyant un état de situation en matière de représentativité des femmes. Il y aura des surprises choquantes: depuis l’introduction du suffrage féminin voici un demi-siècle, Schwytz n’a ainsi jamais envoyé de femme siéger au Conseil des Etats.

Fruit d’un gros travail

Il n’y a pas de miracle: cette parité dans les Chambres ne pourra être que le fruit d’un gros travail effectué en amont par les partis cantonaux. A gauche, le PS et les Vert·e·s ont déjà réalisé l’égalité. Au centre et à droite en revanche, les partis doivent s’engager dans une triple révolution culturelle.

D’abord, ils doivent offrir à leur électorat des listes «zébrées» (un homme, une femme, ou l’inverse). La parité des genres ne suffit pas si les candidates n’y figurent qu’en queue de liste et n’y jouent qu’un rôle d’alibi.

Ensuite, les partis doivent développer des programmes de promotion ciblée. Ils doivent offrir à leurs candidates des ateliers de formation et d’encadrement, qui leur assureront une bonne visibilité durant la campagne à venir.

Enfin, les partis, surtout les plus traditionnels d’entre eux, doivent s’affranchir de cette culture militaire qui oblige les jeunes à «gagner leurs galons» en débutant au Conseil communal, en poursuivant au Grand Conseil avant de briguer un siège à Berne. L’engagement politique exige bien des sacrifices. Il serait logique qu’il soit récompensé par des perspectives d’élection à moyen terme déjà. Lorsqu’on leur donne leur chance, les jeunes femmes savent s’en saisir, à gauche comme à droite: Lisa Mazzone (Les Vert·e·s), Johanna Gapany (PLR) et Céline Amaudruz (UDC) l’ont prouvé.

A ces conditions, le pari d’Alliance F est jouable.