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Le «rêve américain» sous perfusion

Pour la première fois, George W. Bush est intervenu dans la débâcle des

Pour la première fois, George W. Bush est intervenu dans la débâcle des hypothèques pourries au nom de la défense du «rêve américain». Plutôt sur la pointe des pieds, à en juger par les mesures concrètes annoncées vendredi. Mais son discours est aussi un signal. Qui aide-t-il: les centaines de milliers de propriétaires pris à la gorge par leurs spéculations irréfléchies, ou le Parti républicain mal engagé dans la campagne présidentielle? Depuis plusieurs semaines, les démocrates tiraient avantage de la crise des «subprime»: il fallait bien que le chantre du «conservatisme compassionnel» fasse un geste en faveur des propriétaires dans la tourmente.

Il est trop tôt pour dire s'il évitera à l'économie américaine le ralentissement marqué que de nombreux observateurs anticipent. Il y a quelques raisons d'être sceptique à ce sujet. En revanche, un gagnant provisoire se dégage déjà: la bourse, qui a accueilli le discours de George Bush par un rebond joyeux, et en particulier les prêteurs immobiliers, dont les pratiques largement décrites depuis quelque temps et parfois dignes du gangstérisme ont transformé le «rêve américain» en cauchemar. En donnant un coup de pouce aux propriétaires en détresse, ce sont d'abord ces gens-là que le gouvernement dépanne.

Le président a beau affirmer qu'il ne s'agit pas de renflouer n'importe qui sans conditions et annoncer des mesures pour rendre le marché des hypothèques plus transparent, on relèvera que cette partie-là de son discours est restée beaucoup plus floue que le reste.

Cela étant, les yeux étaient davantage tournés vers Jackson Hole que vers Washington vendredi. Dans cette station de ski des Rocheuses, le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, reçoit ses homologues du monde entier pour tirer les leçons de la crise qui secoue les marchés depuis quelques semaines. Soumis à d'intenses pressions des politiciens et des banques, Bernanke avance sur le fil du rasoir. Une attitude trop accommodante ne fera que relancer le capitalisme de casino dont les excès n'ont sans doute pas fini d'être épongés. Une position trop rigide risque de précipiter les Etats-Unis dans une vraie récession, dont nous subirions le contrecoup. Jusqu'ici, la Fed a plutôt bien joué son rôle de pompier, sans se transformer en pyromane. Les semaines à venir resteront délicates à gérer. öPages 25 et 32