C’est là que la solidarité bienveillante rencontre la dure réalité. Joli sur le papier, le salaire minimum, dans son cadre rigide, est la démonstration que les bons sentiments ont des effets malencontreux. Car sans ces jobs d’appoint, on voit mal, à quelques exceptions près, comment les jeunes, notamment, pourraient trouver un autre chemin que celui de l’aide sociale, largement plus dévalorisante qu’un emploi mal payé, et surtout moins utile à la construction d’un futur. Pour pas mal d’entre eux, gagner 17 francs de l’heure est bon à prendre, si l’alternative – et c’est l’alternative – est d’en obtenir moins à l’aide sociale. Drôle de paradoxe d’une société qui, à force de penser providence, provoque son exact opposé.
Autre effet pervers: les entreprises dans les secteurs peu qualifiés, comme le nettoyage par exemple, ont de la peine à payer le salaire minimum, faute de productivité suffisante. Et s’appuyer sur la baisse du chômage pour prétendre le contraire pourrait être trompeur, tant la conjoncture a une incidence aussi. Le concept de salaire minimum, dont se sont également dotés Neuchâtel, le Jura, Bâle-Ville et le Tessin, porte en lui un contresens fondamental: s’il est bas, il n’embarrasse pas l’économie mais n’atteint pas son objectif pour les travailleurs concernés. S’il est élevé, il provoque une réduction de l’offre de certains emplois.
A Berne, on n’y croit pas, d’ailleurs. Au point que la droite du parlement a fait passer, en fin d’année, une motion qui tord le cou aux salaires minimums cantonaux, faisant primer les conventions collectives étendues sur les lois cantonales. Même si Guy Parmelin se montre moyennement motivé à l’idée de devoir bricoler un projet de loi, l’idée se tient: si un compromis est partagé par les partenaires sociaux, nul besoin de viser plus haut, au risque de jeter les plus précaires au chômage ou à l’assistance.
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