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Session sur Credit Suisse: après le discrédit bancaire, celui de la politique

ÉDITORIAL. Après deux jours de débats très émotionnels et tendus, les deux Chambres ont terminé cette session extraordinaire sur une note discordante. Par deux fois, le Conseil national a refusé d’entériner l’accord trouvé par le Conseil fédéral

Une alliance de l’UDC et de la gauche (ici la Verte Franziska Ryser) a fait couler l’accord de la reprise de Credit Suisse par UBS. A Berne, 12 avril 2023. — © Alessandro della Valle/Keystone
Une alliance de l’UDC et de la gauche (ici la Verte Franziska Ryser) a fait couler l’accord de la reprise de Credit Suisse par UBS. A Berne, 12 avril 2023. — © Alessandro della Valle/Keystone

Pour l’accord conclu par le Conseil fédéral scellant la reprise de Credit Suisse par UBS, le glas parlementaire a sonné dans la nuit de mardi à mercredi, sur le coup de minuit, avant de se confirmer cet après-midi. Le Conseil national a refusé d’entériner deux crédits d’un montant total de 109 milliards, contredisant ainsi le Conseil des Etats. Après le discrédit d’une banque too big to fail, on a assisté à celui de la politique.

Trois mots ont résumé cette psychothérapie de groupe dont l’enjeu était nul, puisque la Délégation des finances avait déjà approuvé l’accord dans l’urgence le 19 mars dernier: frustration, impuissance et colère. La frustration de voir l’histoire se répéter après le sauvetage d’UBS par l’Etat en 2008. L’impuissance du parlement après que le Conseil fédéral a recouru au droit de nécessité. Et la colère face à des responsables de Credit Suisse qui ont touché des bonus exorbitants tout en conduisant la banque à sa chute. Même le président du PLR, Thierry Burkart, a parlé d’une «caste de managers irresponsables».

Lire aussi: Credit Suisse: le Conseil national dit non une seconde fois, le crédit de 109 milliards n’est pas approuvé

On peut bien sûr accuser certains partis d’avoir voulu exploiter la chute de Credit Suisse pour marquer des points en pleine année électorale. Mais là n’est pas l’essentiel.

L’essentiel, c’est la future relation de la Suisse avec sa place financière pour le bien commun du pays, de ses habitants et de son économie réelle, qui se montre magnifique de résilience malgré cette période tourmentée de polycrise. Le parlement ne peut donc plus se contenter de «laisser travailler les banques, car elles savent ce qu’elles ont à faire». Il doit suivre au moins deux pistes: un renforcement de l’organe de surveillance qu’est la Finma, autant sur le plan de ses effectifs que de ses compétences. Et une réglementation plus stricte des bonus des managers, qui devraient être contraints de les restituer rétroactivement en cas de pertes abyssales.

Notre éditorial: Credit Suisse: le parlement doit agir s’il veut rester crédible

Le refus du Conseil national révèle un début de prise de conscience qu’un encadrement plus strict d’une méga-banque est essentiel pour la prospérité de la Suisse. Il reste à décider des mesures concrètes. Face au puissant lobby bancaire, cela demandera beaucoup de courage politique. Dont on peut douter au vu des tergiversations de cette session.


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