Les preuves s’accumulent d’un ras-le-bol des populations, et certains milieux, de gauche mais pas seulement, s’emparent du sujet pour condamner le libéralisme qui serait, selon eux, source d’inégalités croissantes, d’injustice sociale et de paupérisation générale. C’est faux, il faut le dire et le redire. On pense immédiatement aux «gilets jaunes» français qui investissent les ronds-points pour alerter sur leur précarité et leur déclassement. Ils ont des revendications fondées: des salaires décents pour vivre de leur travail, une fiscalité raisonnable pour ne pas se voir confisquer jusqu’à l’essentiel et une démocratie réelle pour influencer la marche du pays. On notera que leurs critiques sont ciblées sur les élus politiques et le président de la République, mais qu’ils ne critiquent pas leurs patrons. Sur les banderoles, il faut bien lire Macron démission et non pas Patron démission!

Si la France va mal…

Pour preuve, au moment d’organiser leurs manifestations, les «gilets jaunes» ne se sont pas adressés aux syndicats, censés les défendre contre le pouvoir patronal, parce que là n’est pas leur revendication. D’ailleurs, ils ne leur font aucune confiance et le taux de syndicalisation en France étant tombé à son plus bas avec 20% de la fonction publique encartée et à peine 8% des employés du privé. Dès lors, il ne faut pas se tromper de cible: le système à réformer est d’ordre politique et il ne faudrait pas jeter le libéralisme avec l’eau du bain: si la France va mal, ce n’est pas par excès mais par insuffisance de liberté économique. Preuve par les faits.

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L’indice de la liberté économique établi par Heritage Foundation, un laboratoire d’idées américain, intègre dix notions essentielles que sont la liberté d’entreprise, la liberté des échanges, le poids des taxes et impôts, les dépenses du gouvernement, la stabilité monétaire, la liberté d’investissement, la dérégulation financière, la protection de la propriété privée, la lutte contre la corruption et la libéralisation du travail. Soit une définition presque parfaite du libéralisme. En 2018, la première place revient à Hongkong, suivi de Singapour et de la Nouvelle-Zélande, puis de la Suisse suivie de l’Australie et de l’Irlande. Le Royaume-Uni est 8e, l’Allemagne 17e et le Danemark 12e, alors que la France ne figure qu’au 71e rang et l’Italie au 79e.

Une question de dosage

Une tout autre étude s’intéresse, elle, aux pays où il fait bon vivre. Elle est menée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) qui calcule l’Indice de développement humain en intégrant la parité du pouvoir d’achat des habitants, l’espérance de vie, le niveau d’études. Comme c’est étrange, on y retrouve les mêmes, quoique pas tout à fait dans le même ordre. La Suisse et l’Australie sont ici 2e, l’Allemagne 4e, Singapour et le Danemark 5e. La France est 21e en 2016. Une troisième étude, celle de l’OCDE, calcule le coefficient d’inégalité au sein d’un pays en tenant compte des différences salariales, corrigées par la taille du ménage. On y voit la Suisse, l’Autriche et l’Allemagne bien avant la France ou l’Italie. Enfin, une autre analyse cherche à cerner le bonheur des peuples, en intégrant le niveau des soins de santé, la liberté de prendre des décisions de vie, la générosité, la bonne gouvernance, l’honnêteté… Sans étonnement, on y retrouve le même ordre approximatif. Ainsi, la corrélation est non négligeable entre liberté économique et qualité de vie, sans conséquences notables sur les inégalités salariales, mais avec un effet notoire sur le bonheur des peuples.

Ce plaidoyer objectif ne doit pas faire oublier que le libéralisme bien compris n’est pas la financiarisation à outrance de l’économie, n’est pas l’irresponsabilité sociale, n’est pas non plus la loi des cartels, ni le dumping, toutes dérives qui doivent être combattues. C’est une théorie qui veut protéger les libertés individuelles, tout en acceptant certaines interventions de l’Etat pour réguler l’économie. En la matière, tout est question de dosage…

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