éditorial

Egalité, le combat de toutes et de tous

ÉDITORIAL. L’égalité entre hommes et femmes marque le pas en Suisse, notamment en matière économique. Pour progresser, il faudra que la prochaine grève des femmes, en 2019, implique aussi les hommes                                                                                                                          

C’était une bonne nouvelle: le 5 décembre dernier, l’Assemblée fédérale a élu Viola Amherd et Karin Keller-Sutter au Conseil fédéral. Avec trois femmes sur sept membres du gouvernement, la parité est quasiment rétablie.

Les femmes n’ont pas pu se réjouir longtemps. Peu avant Noël, le World Economic Forum (WEF) a publié son rapport annuel sur les disparités qui existent encore entre les hommes et les femmes dans le monde. La Suisse y figure au 20e rang, après des pays comme le Rwanda, les Philippines et la Namibie. Concernant les indicateurs de nature économique, le différentiel s’est même creusé, relève le WEF. Celui-ci estime qu’en Europe occidentale, il faudra encore soixante et un ans pour réaliser l’égalité.

Cette patience qu’on leur demande, les Suissesses l’ont perdue. On peut les comprendre. La génération aujourd’hui au pouvoir ne doit pas se contenter de promettre une vague perspective d’égalité à ses petits-enfants. Sur certains thèmes, comme de modestes quotas de femmes dans les conseils d’administration et dans les directions générales d’entreprises, elle peut devenir plus volontariste.

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Accouchement au forceps

Près de trois décennies après 1991, les femmes syndicalistes veulent à nouveau réveiller les consciences masculines. Elles ont donc décrété une nouvelle grève symbolique. L’enjeu dépasse la question des salaires. C’est la société dans son ensemble qui doit se réinventer. En 2016, selon l’Office fédéral de la statistique, les femmes ont accompli les deux tiers des 9 milliards d’heures de travail non rémunérées au sein de leur famille. Cela aussi doit changer.

Cette grève doit donc concerner tout le monde. L’histoire du congé maternité, qui a été un accouchement au forceps, l’a prouvé. Après l’avoir attendu durant soixante ans, les femmes l’ont obtenu en 2005 en nouant une alliance avec le directeur de l’USAM, Pierre Triponez (PLR/BE), mais aussi en se fédérant au-delà des barrières partisanes. Parmi les «sages-femmes» du projet, il y avait Jacqueline Fehr (PS/ZH), Thérèse Meyer (PDC/FR) et Ursula Haller (UDC/BE).

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Une leçon instructive dans la perspective de la prochaine bataille à livrer, celle du congé paternité. Le syndicat Travail.Suisse a lancé une initiative populaire pour octroyer quatre semaines aux futurs pères. Au centre droit, le PDC se rallie désormais à un contre-projet de deux semaines. Mais les travaux se poursuivent en commission et rien n’est fait. Le patronat dit toujours que le projet n’est pas finançable, oubliant que la politique familiale fait aussi partie des conditions-cadres de l’économie, au même titre que la fiscalité des entreprises.

Dix jours pour permettre à un père d’accueillir son enfant, c’est un minimum dans un pays aussi riche que la Suisse. A cet égard, la grève des femmes doit devenir aussi celle des hommes. Le combat pour l’égalité n’a ni genre ni couleur partisane. Il doit devenir celui de toutes et de tous.

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