Deux places depuis 2013: voilà ce que perd tout de même la Suisse au classement annuel sur l’écart entre les genres, le fameux Global Gender Gap Report, édition 2014, publié ce mardi à Genève par le Forum économique mondial (WEF) et disponible au format PDF. Elle n’arrive cette année qu’au 11e rang, sur 142 pays au total. Elle sort donc, fait remarquer entre autres l’Aargauer Zeitung, du club symbolique des dix meilleurs. Ce, en raison de progrès plus lents par rapport à d’autres pays, surtout les nordiques, dit le rapport. La Suisse a donc encore des progrès à faire. En quelle matière? Sur l’égalité des salaires d’abord. Aïe! Sur la participation des femmes au marché du travail et leur accès à l’éducation universitaire ensuite. Re-aïe!

L’Agefi a observé les données helvétiques de plus près, pour constater que «grâce à sa position dans le Top 10 du nombre de femmes occupant des fonctions ministérielles», notre pays «se place au 16e rang de l’égalité au plan politique (inchangé par rapport à 2013)». Au plan économique, la Suisse est 23e (également inchangé), mais «elle passe en revanche du 66e au 72e rang en matière de formation» et remonte péniblement «du 72e au 70e rang pour la santé et la longévité».

«Légère» amélioration

RTS Info note pour sa part que «lors du premier classement de ce type du WEF en 2006», la Suisse occupait tout de même le 26e rang. Il y a donc aussi progrès par rapport aux autres pays, et il est intéressant de mettre tous ces chiffres en perspective avec le fait que notre pays caracole en tête de la compétitivité mondiale, selon la même source, davosienne, et les données publiées il y a une semaine, par Bilan notamment.

De manière générale, le WEF (@Davos sur Twitter) souligne qu’en neuf ans de mesures des disparités entre les sexes, seule une «légère» amélioration de l’égalité en faveur des femmes a eu lieu sur le lieu de travail. Et l’inégalité en matière de participation et de perspectives économiques s’établit aujourd’hui à 60% dans le monde. Soit une amélioration de 4% seulement par rapport aux 56% relevés en 2006, ce qui ne paraît guère brillant et est d’ailleurs interprété comme un élargissement du fossé par le Guardian.

Mais amusons-nous un peu tout de même avec la grand-messe grisonne. Qui sort ce chiffre un brin inquiétant: en fait, si l’on continue sur cette trajectoire, sans changement de paramètre aucun, il faudra plus de quatre-vingts ans (!) au monde pour combler complètement la brèche. Ce qui nous amène en 2095, bonjour le vertige:

Dans le détail, parmi les 142 pays qui figurent dans ce classement, la disparité la plus faible est celle constatée dans les domaines de la santé, où les salaires – on le sait – ne sont de toute manière pas particulièrement élevés. Mais on atteint là les 96%, à l’échelle mondiale, et 35 pays l’ont totalement éliminée. Vient ensuite le niveau d’instruction, domaine pour lequel l’égalité atteint 94% sur le plan mondial: en la matière, 25 pays ont totalement comblé le fossé.

Si la participation et les perspectives économiques restent les lanternes rouges des disparités, une certaine disparité règne encore pour le quatrième pilier, les responsabilités politiques. Elle atteint tout juste 21%, bien que ce domaine ait connu une amélioration sans précédent depuis 2006.

Mais alors, quelles sont les sociétés les plus égalitaires du monde? Sans surprise – et cela continuera à énerver ceux qui pensent que cela se paie au prix fiscal fort –, ce sont encore et encore les pays nordiques du continent européen. Les cinq nations en tête, selon le WEF? L’Islande, la Finlande, la Norvège et la Suède; suivies du Danemark, qui est remonté de la huitième à la cinquième place et complète ainsi le quinté gagnant:

Pour le reste – et, pour certains, les autres lauréats du Top ten sont plus surprenants –, le Nicaragua gagne quatre places pour accéder à la sixième position, le Rwanda entre dans l’indice pour la première fois, en septième place. L’Irlande se classe huitième, les Philippines perdent quatre places pour rétrograder à la neuvième position et la Belgique remonte d’une place, en dixième position. Elle échange les rangs avec la Suisse, de facto.

Parmi nos autres voisins géographiques les plus proches, l’Allemagne gagne deux places pour se hisser au 12e rang, juste après la Suisse. La France fait littéralement un bond de géant, de la 45e à la 16e place, alors que le Royaume-Uni perd huit places pour se classer 26e. L’amélioration observée dans l’Hexagone s’explique principalement par l’augmentation du nombre de femmes participant à la vie politique – notamment les 49% de femmes ministres, qui représentent l’un des ratios les plus élevés du monde – ainsi que par la réduction des écarts entre les salaires.

En Europe occidentale, l’Espagne est 29e, l’Autriche 36e, l’Italie 69e. Plus loin, juste derrière le Canada, les Etats-Unis montent de trois places, au 20e rang, après avoir réduit l’écart entre les salaires et augmenté le nombre de femmes occupant des postes parlementaires et ministériels. A noter aussi que le mieux classé des pays à majorité musulmane, peu réputés pour leur attitude vis-à-vis des femmes, est le Kazakhstan (43e).

Le Yémen encore dernier

Parmi les moins bons élèves, il n’y a guère de surprises. Le Yémen reste en queue du peloton depuis 2006, soit à la 142e place. Il est juste derrière l’Iran, le Mali, la Syrie, le Tchad et le Pakistan. Mais d’autres grands pays dits émergents ne brillent guère non plus, comme le Brésil (71e), la Russie (75e) ou la Chine (87e). Le Japon, quant à lui, occupe un peu reluisant 104e rang: l’Asahi Shimbun ne s’en montre d’ailleurs pas très fier. Et puis il y a encore ce cas: Malte, qui est le moins bien classé des pays de l’Union européenne, à la 99e place seulement. Mais Malta Today s’escrime à relativiser ces chiffres, en parlant de méthodes de calcul qui faussent un peu la perspective.

Enfin, parmi les nations à figurer dans le classement depuis cette année seulement, on relève, dans l’ordre, outre le Rwanda déjà cité: la Biélorussie (32e), le Zimbabwe (63e), le Monténégro (74e), le Swaziland (92e), le Liberia (111e), la Tunisie (123e) et la Guinée (132e). Il manque encore à l’appel du WEF une bonne soixantaine de pays. Dont – on s’en étonne quelque peu – la principauté du Liechtenstein.

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