Pour avoir confondu les espoirs démocratiques de la révolution avec les aspirations hégémoniques des Frères musulmans, le président Mohamed Morsi a conduit son pays dans une dangereuse impasse. Divisée comme jamais, l’Egypte craque de partout. Financièrement au bord de la faillite, le pays s’enlise dans la déprime économique, avec des hôtels vidés de leurs touristes et un canal de Suez sous la menace des émeutiers. L’affrontement triangulaire de ces deux dernières années entre les islamistes (victorieux dans les urnes), les libéraux (qui peinent à s’unir) et l’armée (en retrait depuis l’été dernier) fait place ces jours-ci à un désordre généralisé. Les partis politiques sont débordés dans la rue par de nouveaux acteurs incontrôlables et de plus en plus violents. Aux Black Blocs d’inspiration anarchiste promettent de répondre des «milices blanches» d’obédience islamiste, qui réunissent leur force en ce moment même sur Facebook.

L’état d’urgence décrété par Mohamed Morsi dans plusieurs villes n’a fait que jeter de l’huile sur le feu. L’autoritarisme de celui que sa propre Confrérie considérait comme une roue de secours lors de l’élection présidentielle malmène l’Etat, au point de provoquer son effondrement. Ce n’est plus l’opposition qui le dit, mais son ministre de la Défense et chef des armées, Abdel Fattah al-Sissi, pourtant réputé bienveillant envers les Frères.

Alors, l’heure du compromis a-t-elle sonné? Proches du naufrage, les élites égyptiennes ont peut-être compris que le salut national passait désormais par un sursaut, celui de l’union. Depuis 48 heures, le ton change radicalement. L’opposition de gauche est soudain disposée au dialogue avec le président. Ce dernier se dit, quant à lui, prêt à amender la très controversée Constitution qu’il vient tout juste d’imposer de force. Même les salafistes du parti Nour plaidaient mercredi pour l’unité. Rien n’est encore réglé. Pour les coalisés de l’opposition, seuls Mohamed ElBaradei, leur porte-parole, ou Amr Moussa seraient légitimés à présider un tel gouvernement d’union au nom de leur glorieux passé de diplomates. Pas sûr que Mohamed Morsi – qui a pris goût au pouvoir – soit prêt à une telle concession. Faute d’accord politique, c’est l’armée, gardien de la continuité de l’Etat, qui devrait imposer son choix. Reste à savoir si ce sera avec ou contre les Frères musulmans.