Nouvelles frontières

En Egypte, la révolution s’achève aujourd’hui

OPINION. L’Egypte s’apprête à amender sa Constitution par référendum. Le dernier acte qui siffle la fin du legs révolutionnaire, écrit notre chroniqueur Frédéric Koller

Ce week-end, les Egyptiens sont appelés à se prononcer par référendum sur une refonte de leur Constitution. Trois jours après que le parlement a validé par 531 voix sur 554 votants plusieurs amendements à celle-ci, ils vont solder dans un score qui s’annonce soviétique le dernier legs de leur révolution. Quelques jours avant le ramadan, leur président Abdel Fattah al-Sissi pourra ainsi savourer un pouvoir redevenu presque sans contrainte. Plutôt que de faire place à un «hiver islamiste», le «printemps égyptien» de 2011 se referme ainsi sur la saison II de l’autoritarisme de l’Egypte moderne.

Avec cette Constitution taillée sur mesure, l’homme fort du pays des pharaons peut espérer se maintenir au pouvoir jusqu’en 2030 au lieu de 2022. Le mandat présidentiel va passer de quatre à six ans, et pourra se renouveler au-delà de l’ancienne limite des deux termes. Elu en 2014 par 96,9% des voix, puis réélu en 2018 par 97,08%, Abdel Fattah al-Sissi pourrait bien un jour rivaliser en longévité politique avec son prédécesseur Hosni Moubarak. Renversé en 2011 par l’armée qui céda un temps au dégagisme de la rue, l’ancien président a été libéré il y a deux ans, ses proches et les piliers de son ancien régime ayant pour la plupart repris du service.