Une de mes connaissances racontait dernièrement qu'elle voulait «devenir Suissesse», en dépit des embûches sur le chemin tortueux de la naturalisation. Pourquoi? «Mais pour voter!», répondait-elle en toute décontraction. «L'intégration passe par les droits politiques et peut-être même avant le passeport.» Le propos mérite réflexion quand la majorité du peuple de ce pays, dotée du droit de vote, fait souvent fi des urnes. Il concerne plus directement encore la frange de la population qui n'«accède» pas aux droits politiques, mais les reçoit à la naissance.

Les socialistes fondent leur conception du système démocratique sur la participation citoyenne. Les décisions politiques ne doivent pas être prises sans que des orientations aient été données par le peuple, sans que le peuple ait été non seulement consulté, mais activement intégré aux préoccupations, aux propositions qui se concrétisent dans l'organisation d'un pays, d'une ville, d'une communauté. Ce modèle démocratique, participatif, impose alors une définition moins procédurière, plus ethnologique, du concept de «peuple». Ou une définition plus actuelle. Puisque participer s'apprend, le peuple n'est plus cette entité figée qui timbre auprès de l'Etat-nation en lui donnant sa voix. Vivant, mobile, changeant, le peuple compris dans cette optique devient un «nous» large et ouvert, respirant, réagissant et s'exprimant. Le droit de vote s'installe au rang des droits fondamentaux, comme la liberté d'expression justement. Il n'est à partir de là aucune raison valable pour devoir renoncer à l'attribuer à tous ceux qui vivent en un lieu donné. Les Suisses «de souche», les personnes qui ont demandé et obtenu leur naturalisation comme celles qui résident sur le territoire national constituent tous et toutes ensemble ce peuple qui fonctionne comme une association hasardeuse, mais organique, liée, politisée.

La prérogative des «indigènes» n'a plus de légitimité dans le contexte actuel. Peu de Suisses s'accorderont là-dessus. En Romandie pourtant, les mentalités se dégèlent et semblent progresser vers une configuration populaire plus sensée. Par sa tradition d'ouverture et son inclinaison au brassage culturel, gageons que Genève laissera ses résidents d'origine étrangère s'exprimer sur le lieu auquel ils sont quotidiennement rattachés.

Sur le plan communal uniquement, cette loi relève de l'évidence. Elle fournit une clé indispensable pour entrouvrir la porte d'une démocratie renouvelée, celle d'aujourd'hui et de demain. Elle fait partie intégrante de notre volonté de nous inscrire comme acteurs dans la construction de l'Europe de demain.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.