En France on est en pleine campagne électorale pour les présidentielles, et à Genève les partis politiques battent le pavé pour les élections municipales.

Pour les présidentielles en France chacun y va de sa stratégie. Ils jurent tous avoir des recettes pour sortir le pays du marasme dans lequel il se trouve. Tous les candidats exhibent leurs filets à mailles très serrées pour aller à la pêche aux voix avec pour appât des promesses aux multiples saveurs. Il y en a pour tous les goûts, salés, doux et amers. Certains se sont même payé le luxe de prendre des porte-parole taillés sur mesure pour flatter les sans voix, la «racaille», les «karshérisables». Bref, ceux qui n'ont pas d'autre issue que le passage par la «discrimination positive» pour percer et satisfaire leurs ambitions légitimes.

Ces électrices et ces électeurs, très, très nombreux cette année sont tantôt méprisés, tantôt «courtisés». Ils connaissent bien la musique et même les paroles de la chanson patriotico-électorale avec laquelle les bercent les candidats zélés: «Donne-moi ta voix et prends la mienne»...

Les cauchemars qu'ils ont connus ces dernières années ne sont pas près de se transformer en rêves par la seule baguette magique électorale. J'ai eu l'occasion à maintes reprises de parler avec quelques-uns d'entre eux, des femmes et des hommes, responsables et engagés, et j'ai pu comprendre qu'ils ont bien saisi les mécanismes des jeux politiques et l'importance de leur bulletin de vote. Ils ont compris que s'ils étaient musulmans, ils n'étaient pas moins bons citoyens. Et que, s'ils voulaient que les candidats à la présidence les considèrent vraiment, il faut que ce soit eux qui les interpellent et leur fassent des propositions. Il ne suffit pas pour les partis politiques d'imprimer sur leurs listes des noms à consonance exotique ou arabo-musulmane pour s'attirer des votes favorables. Ces nouveaux électeurs doivent définitivement se libérer de ce vieux réflexe qui a la peau dure, le «béni ouiouisme» et le «complexe du colonisé».

Ballottés de droite à gauche, beaucoup d'électeurs laissés pour compte n'ont bénéficié de rien de bon, ils en sont devenus perplexes et amers au point de négliger le suffrage universel.

La France est à tous les citoyens quelles que soient leurs origines ou leurs confessions. Je leur conseille ainsi qu'à moi-même d'éviter d'être charmé par le chant des sirènes, de s'éloigner des extrêmes et de cibler le juste milieu. Celui qui fera des différences une véritable force au service de toutes et de tous dans le respect, la dignité, la liberté et la solidarité. C'est à ce prix que la République redonnera vie et vérité à son idéal: «Liberté, égalité, fraternité».

Et qu'en est-il à Genève? Quelle a été ma joie lorsqu'il y a quelques années j'ai vu s'inscrire des noms, qu'il y a encore peu étaient difficilement prononçables. Citoyenneté oblige, il faut participer à l'édification de la société dans laquelle on vit et à laquelle on appartient. Nous savons tous que sans volonté politique rien ne peut se faire, se concrétiser. Le devoir électoral est un bien précieux pour toutes et tous, mais encore faut-il savoir décrypter les propositions que proposent les partis afin de bien user de sa voix.

Ici aussi dans toutes les listes fleurissent des noms venus d'ailleurs devenus d'ici par la métamorphose de la citoyenneté. Mais certains anciens acteurs politiques m'ont fait écho de leur lassitude de se voir toujours dans le rôle de l'appât électoraliste.

D'autres, tout nouveaux, exaltent leur ferveur à vouloir améliorer par leur engagement politique l'image ternie de la communauté avec laquelle ils ont des liens culturels ou confessionnels ou les deux à la fois.

Je ne veux pas être un rabat-joie et j'encourage vivement celles et ceux qui s'engagent au service des autres par l'action sociale, culturelle et politique. Néanmoins, je vous prie de comprendre mes craintes pour mieux les pardonner, à savoir que malgré cette grande sincérité et tous les efforts déployés par ces éclaireurs, leurs résultats restent moindres pour ne pas dire insignifiants.

D'autre part, je conseille à celles et ceux qui pourraient être amadoués par la présence sur les listes de noms à la consonance flatteuse de ne pas être tentés par le vote émotionnel. L'émotion est souvent aveugle.

En ce qui me concerne, si je devais m'engager en politique où que ce soit, je n'accepterais aucunement que mon nom soit instrumentalisé à des fins contraires à mes aspirations qui sont celles de servir au mieux tous mes concitoyens sans distinction.

Je ne veux pas être dans la politique semblable au groom qui ouvre la porte de l'ascenseur aux résidents dans les hôtels de luxe sans jamais avoir le droit de l'utiliser et sans jamais savoir ce qui se passe et ce qui se décide dans les étages supérieurs. Ce sont des interdits tacites et sournois, des règles occultes difficilement démystifiables.

La définition de la démocratie telle que je la connais et telle que je la respecte est celle qui permet à toute citoyenne et à tout citoyen de prendre l'ascenseur social et politique d'où qu'elle ou il vienne puisque d'abord citoyenne ou citoyen.

Je continue à croire, naïvement peut-être, que la politique est une affaire sérieuse fondée sur l'honnêteté et la confiance. Alors, candidat, «donne-moi ta confiance et prends la mienne».

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