En 1876, l’élection présidentielle fut la plus chaotique de l’histoire américaine. Rutherford B. Hayes, gouverneur républicain de l’Ohio, fut élu au terme d’une campagne marquée par les fraudes et les violences dans plusieurs des 39 Etats qui formaient alors la république. On était dans la période qui suivait la fin de la guerre de Sécession, dont les séquelles étaient encore vives. Samuel J. Tilden, le démocrate de New York, avait remporté le vote populaire. Les deux candidats se disputaient les suffrages des grands électeurs de Floride, de Louisiane, de Caroline du Sud et de l’Oregon.

La Chambre des représentants, à majorité démocrate, et le Sénat, aux mains des républicains, se mirent d’accord pour renvoyer l’affaire à une commission électorale bipartite composée de 15 membres de l’une et l’autre chambre, présidée par un juge de la Cour suprême. Il ne fallut pas moins de 15 sessions conjointes du Congrès en mars pour ratifier à une voix près la proposition de la commission. Les deux partis négocièrent un compromis: en échange de l’élection de Hayes, les républicains retireraient les troupes fédérales des Etats du Sud, mettant fin à l’époque de la Reconstruction qui durait depuis 1863. C’est le modèle de l’élection du président des Etats-Unis par le Congrès que les jusqu’au-boutistes autour de Donald Trump ont en tête: ils tentent de rétablir peu ou prou des circonstances analogues à celles de 1876 pour remettre la désignation du président des Etats-Unis entre les mains du Congrès en jetant la suspicion sur le processus démocratique.