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Elections américaines, la tournée des excuses

OPINION. S'excuser pour des comportements déplacés semble être un passage obligé pour se lancer à l'assaut de la Maison-Blanche, observe notre chroniqueuse

«Je m'excuse». Alors que la volée pour l'élection présidentielle de 2020 est plus fournie que jamais - déjà 18 candidats démocrates dont 6 femmes! -, on assiste à une curieuse tournée des excuses. La sénatrice Elizabeth Warren a dû s'excuser dans le cadre de la polémique autour de ses racines amérindiennes pour s'être livrée à un test ADN. Kamala Harris, qui cherche à polir son image, s'est excusée pour sa dureté comme procureure en Californie, et Kirsten Gillibrand a admis avoir eu des positions anti-immigration «peu empathiques et peu aimables». 

Le très indépendant Bernie Sanders a lui dû faire son mea culpa pour ne pas avoir été très regardant, en 2016, quand il a tenté, en vain, de ravir la vedette à Hillary Clinton: des femmes se sont plaintes de la manière dont elles étaient traitées dans son équipe de campagne. Quant à Beto O'Rourke, il a été rattrapé par des clichés qu'il a véhiculés sur des femmes, de façon pas très heureuse.

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Joe Biden, lui aussi, a dû s'excuser. L'ancien vice-président sous Barack Obama est le favori des sondages alors même qu'il ne s'est pas encore déclaré candidat. Mais son étoile pâlit. Rattrapé par le mouvement #MeToo, il a dû exprimer ses regrets pour son rôle joué dans l'affaire Anita Hill. Cette dernière a témoigné devant le Sénat en 1991 contre le juge Clarence Thomas, qu'elle accusait de harcèlement sexuel. Mais Clarence Thomas a malgré tout été élu à la Cour suprême. Joe Biden était alors président de la commission judiciaire. C'est lui qui avait géré les auditions. En novembre 2017 déjà, il avait dû s'excuser pour avoir laissé des sénateurs attaquer violemment Anita Hill. Certains avaient été jusqu'à la traiter d'érotomane. 

Tactile démocrate

Mais ce n'est pas tout. Le très tactile démocrate a surtout dû se défendre, dimanche dernier, via un communiqué, d'avoir eu des gestes déplacés envers une femme, qui lui reproche notamment un curieux baiser sur les cheveux lors d'un meeting de campagne en 2014. Mais cette fois, Biden ne s'excuse pas. Du moins pas vraiment. «Pas une seule fois - jamais - je n'ai pensé avoir agi de manière inappropriée», écrit-il. «Si on suggère que c'est le cas, je vais écouter respectueusement. Mais cela n'a jamais été mon intention». Depuis, la machine s'est emballée. Désormais, ce sont pas moins de six femmes qui accusent Joe Biden de gestes intrusifs, sans pour autant parler d'agression sexuelle. 

La cérémonie des excuses semble faire partie de la panoplie du «parfait petit candidat démocrate pas si parfait» pour la présidentielle de 2020. Mais certains s'en sortent mieux que d'autres. Joe Biden subit ces attaques alors qu'il ne s'est même pas encore déclaré. Mercredi, il a tenté de calmer le jeu via une petite vidéo, pour expliquer son comportement tactile et promettre qu'il fera désormais plus attention. La Maison-Blanche s'était auparavant emparée de l'affaire, Kellyanne Conway, la conseillère de Donald Trump, parlant de «gros problème».

Euh, mais attendez, qu'avait-elle dit déjà en 2016 quand le candidat Trump avait affirmé qu'il pouvait faire ce qu'il voulait avec les femmes, y compris les «attraper» par leurs parties intimes? Pas grand chose. Se sentant en danger, Donald Trump, lui, avait fini par présenter des excuses. Dans un message vidéo et de cette manière: «Tous ceux qui me connaissent savent que ces mots ne reflètent pas qui je suis. Je l'ai dit. Je me trompe. Je vous présente mes excuses». Cet acte de contrition rare a toutefois rapidement fait place à des attaques. «J'ai dit des choses bêtes mais il y a une grande différence entre les mots et les actes d'autres gens. Bill Clinton a réellement maltraité des femmes», a-t-il précisé. Depuis, Donald Trump a été rattrapé par d'autres accusations. Sans jamais renouveler sa petite cérémonie des excuses. 


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