2011, année électorale. Nul ne sait encore si l’on doit s’attendre à de sérieux bouleversements ou, au contraire, à une modeste redistribution des sièges, sans conséquence sur l’équilibre politique du pays. A priori, le système suisse est d’une stabilité granitique. Deux tiers des Suisses et Suissesses interrogés s’en déclarent «satisfaits» alors qu’ils ne sont que 29% à partager une telle opinion en Allemagne. Autant dire que si surprises il y aura, celles-ci resteront limitées à quelques transferts de voix qui ne modifieront pas les rapports de force traditionnels.

Et pourtant, tout montre que la Suisse est entrée dans une crise politique et institutionnelle très sérieuse. Le Conseil fédéral est objectivement affaibli. Les dernières épreuves ont montré qu’il n’était plus capable d’unité, ni même crédible aux yeux des citoyens. Les quatre grands partis gouvernementaux maintiennent certes une concordance, mais elle est de plus en plus factice, rongée par des haines partisanes qui deviennent toxiques et discréditent l’exercice du pouvoir. Les menaces référendaires systématiques et les majorités contre nature qui se forgent au sein du parlement rendent imprévisibles bien des débats. Depuis quelques années, le Conseil fédéral administre plus qu’il ne gouverne. Son autorité est devenue vulnérable dès lors que les quatre grands partis s’autorisent une critique sans retenue et se comportent comme s’ils n’étaient pas associés aux responsabilités gouvernementales.

Dans beaucoup d’autres pays, la crise actuelle déboucherait sur un changement de régime. On imaginerait un système de coalition majoritaire. Mais on devine déjà que les Suisses n’en ont aucune envie et préfèrent sans doute une formule qui marie majorité et minorité dans une entente, certes fragile, mais plus respectueuse de l’image qu’ils se font du pouvoir. Car c’est sans doute le paradoxe du système: les Suisses aiment la stabilité mais se méfient de tout pouvoir trop affirmé. Lors des prochaines élections, ces mêmes Suisses voteront comme si la continuité était assurée et même immuable, en dépit de beaucoup d’indices qui annoncent la fin d’une ère tranquille. Mais peut-être est-ce là le privilège des petits Etats: les crises n’y sont jamais mortelles, les changements si lents qu’ils en deviennent (presque) imperceptibles.

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