C’est en octobre que l’homme normal éprouve le besoin irrépressible de remettre ses chaussettes et de ramasser les feuilles mortes, nous dit l’écrivain. Joies simples des saisons! C’est aussi le moment de remplir son bulletin de vote. Et c’est pourquoi le mois d’octobre porte particulièrement à la mélancolie et aux regrets. Regrets pour une législature perdue. Europe, retraites, coûts de la santé, climat, tous ces grands défis ont été soigneusement écartés durant quatre ans. «L’impression qui prédomine est celle de quatre années difficiles, sans progrès majeurs, le statu quo», résumait en juin Cristina Gaggini, directrice romande d’economiesuisse. Sur les places venteuses les affiches s’évertuent pourtant à nous inciter à avancer: «En avant!», «La Suisse en veut, et vous?», «Remets la politique sur les bons rails», «Sauvez la Suisse!». On se croirait sur scène dans La Grande-Duchesse de Gérolstein, tapons du pied pour faire croire que nous marchons au combat. Peine perdue, octobre fédéral reste le mois des premières feuilles mortes et des mots vides.

Alors, pérennisons!

A l’exception des années 1990-2000, qui ont vu fleurir les réformes et les grands projets – nouvelles traversées des Alpes, révision de la Constitution, négociations bilatérales avec l’Union européenne et adaptation au droit européen –, depuis quarante ans la politique suisse a rarement été traversée de grandes idées ou de desseins ambitieux. Les Suisses ne rêvent pas, car rien ne se consume plus vite qu’un rêve. Il y a quatre ans, la Suisse était «ce pays où il ne se passe rien», ce pays qui a tout et qui aimerait simplement moins; moins d’étrangers, de réfugiés, moins d’Europe ou moins de monde dans les trains. Hier pays content de soi, achevé, consommé, la Suisse, à lire les programmes électoraux, se réveille pourtant aujourd’hui la république du colmatage. Les coûts de la santé, «c’est une bombe sociale», ne craignait pas de prédire ainsi un conseiller d’Etat obwaldien.