La chronique

Elections fédérales: la vérité des chiffres

Marie-Hélène Miauton répond à Andreas Gross qui nie les pertes de la gauche. Elle critique les apparentements, estimant que le panachage permet aux électeurs de les pratiquer à leur guise

Commençons par une mise au point. En écho à ma chronique, Le Temps publiait samedi 31 octobre une page Débats pour savoir si la gauche avait ou non décliné en Suisse. Andreas Gross, penseur favori des médias, y réfutait tout déclin au profit d’une simple stagnation, et prétendait que j’interprétais les résultats pour qu’ils correspondent à mes désirs alors que c’est justement lui qui s’y emploie.

Pour preuve, il n’a aucun scrupule à remonter vingt-cinq ans et cinquante ans en arrière pour illustrer une prétendue stabilité au lieu de s’en tenir à l’actualité récente, celle qui nous intéresse. Il occulte ainsi les quatre dernières élections au Conseil national qui, de façon indiscutable, prouvent la baisse de forme de la gauche depuis douze ans.

Pour rappel, voici les chiffres officiels: le bloc de gauche (socialistes, Verts et extrême gauche) est passé de 32,5% des suffrages en 2003 à 30,4% en 2007, puis 28% en 2011 et enfin 26,8% cette année. Cela peut déplaire, on peut le déplorer, mais c’est la vérité des chiffres, un point c’est tout. En préférant les attaques personnelles au lieu de répondre aux arguments de l’adversaire, Andreas Gross tombe dans un des vieux et des pires travers de la gauche. Dommage, car, tant qu’elle s’entêtera à nier les faits, elle ne saura les inverser.

Mais, passons à autre chose.

En l’occurrence, ces apparentements qui faussent les résultats et détournent les intentions des électeurs. Cette année, ce petit jeu a fortement favorisé le centre dont le recul aurait été plus flagrant encore sans cela, au détriment de la droite qui a ainsi perdu sept sièges sous la Coupole, nombre non négligeable. Combien de temps encore admettra-t-on cette pratique qui permet qu’un suffrage destiné à une personnalité puisse aboutir à en faire élire une autre, appartenant à une autre formation?

Ce système est d’autant plus discutable qu’avec les apparentements, les électeurs peuvent faire leur jeu d’alliance comme ils l’entendent. Dans le canton de Vaud par exemple, la moitié des listes PLR ou PBD ont été panachées ainsi que le tiers des listes UDC ou socialistes. Avec cette spécialité helvétique largement utilisée, le votant peut organiser ses rapprochements comme il l’entend, et ce n’est donc pas aux partis de lui en imposer, au mépris de la transparence.

Selon l’origine de leurs suffrages, il est d’ailleurs facile d’analyser les courants qui se forment autour d’un candidat ou d’un autre. Toujours dans le canton de Vaud, le cas de Jacques Neirynck, non élu, et de Claude Béglé, élu, est instructif. Tous deux appartiennent au PDC, mais le premier ne réalise que 15% de ses voix dans son parti qui l’avait prié de ne pas se présenter, contre 38% au candidat adoubé. Cela mis à part qui s’explique aisément, où font-ils encore des voix? L’ancien professeur en glane beaucoup chez les électeurs du bloc de gauche qui, à l’inverse, boudent l’ancien chef de La Poste. Dès lors, il récupère des voix à droite et au centre, ainsi que sur les listes sans dénomination de parti. Son profil est donc celui d’un centriste de droite contrairement à son prédécesseur assez clairement centriste de gauche.

Le même exercice permet une meilleure compréhension du positionnement de Fathi Derder, pour l’instant non élu, et de Laurent Wehrli qui lui a juste brûlé la politesse. Ici, on constate que le premier glane beaucoup de voix sur des listes sans dénomination, chez des gens qui ne s’identifient donc pas à un parti, alors que le second, engagé depuis longtemps en politique, avec un cheminement plus classique, puise dans son parti 1526 voix de plus, ce qui lui a suffi pour passer l’épaule.

Tout cela vient confirmer que les électeurs savent exactement ce qu’ils font et que leur vote intègre avec finesse les profils respectifs des candidats. Il est seulement dommage que moins d’un sur deux prenne la peine d’élire ses représentants, mais c’est une autre question.

mh.miauton@bluewin.ch

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