La chronique

 Elections à Lausanne, une débâcle démocratique!

Les élections communales se sont déroulées dimanche dernier dans le canton de Vaud. Lausanne, sa capitale, offre un magnifique exemple de dévoiement démocratique, explique Marie-Hélène Miauton, qui propose des pistes d’amélioration

Lausanne a voté dimanche dernier. La gauche a fait passer au premier tour les six candidats de sa liste commune, qui composeront 86% de l’exécutif alors que le bloc rose-vert-rouge ne représente «que» 61% des citoyens. La distorsion est énorme, due au système majoritaire qui prévaut pour l’élection à la municipalité. Dès qu’un groupe s’allie pour former ne serait-ce que 51% des votants, il peut ainsi rafler la mise dans son entier. C’est pourquoi ce type de scrutin requiert un grand sens des responsabilités afin que les partis les plus forts ne soumettent qu’un nombre raisonnable de noms, en respectant les minorités au lieu de manifester leur arrogance. Cela vaut à Lausanne, mais également dans d’autres communes où les majorités sont à droite.

Imaginez le tollé

Un peu d’histoire ancienne. Autrefois, les municipaux étaient élus par le conseil communal. Cela avait le double avantage de respecter la préséance institutionnelle du législatif sur l’exécutif, mais aussi de confier à la sagesse collective des conseillers communaux le choix équitable de personnalités issues des principales formations politiques. Imaginez le tollé si, au niveau fédéral, l’UDC alliée au PLR par exemple, qui frisent ensemble la majorité absolue, élisaient un gouvernement exclusivement composé de leurs propres représentants! A Lausanne, pas de formule magique et la gauche ne se gêne pas pour rafler les sièges qu’elle convoite. Prétendre en laisser un à l’opposition pour se donner l’air magnanime témoigne d’une véritable hypocrisie car elle n’a qu’une alternative: prendre tous les postes en assumant son avidité, ou laisser à disposition les deux ou trois auxquels elle n’a pas droit. Il serait d’ailleurs préférable de refuser le strapontin qu’elle dédaigne, plutôt que d’y jouer les faire-valoir.

Lire: Lausanne en superstar de la gauche

David Payot, absolument inconnu

Selon la doctrine, le système majoritaire permet d’élire avant tout des personnalités, leur appartenance à un parti jouant un rôle secondaire. Il est donc bien adapté pour un exécutif et particulièrement recommandé pour des entités petites ou très décentralisées, là où les citoyens ont toutes les chances de bien connaître les candidats. Petite et décentralisée, Lausanne se vexerait d’être ainsi qualifiée! Pourtant, grâce à ce mode d’élection, le popiste David Payot, absolument inconnu, n’a réuni que 4135 voix pour le Conseil communal, prenant la 76e place, mais il est élu au 1er tour à la municipalité grâce aux 17 040 suffrages que lui vaut l’effet de liste. Peut-on prétendre ici que c’est la personnalité qui a été élue? Non, évidemment!

En réalité, le scrutin majoritaire visant à élire des personnes a été détourné de son sens parce qu’on y a permis le jeu des alliances, typiquement partisan et donc adapté à la proportionnelle seulement. Dès lors, pour rendre sa valeur au principe majoritaire, il faudrait que chaque candidat se présente seul sur un bulletin individuel au nom de son parti, afin d’être choisi en tant que personne et non en tant que représentant d’un bloc idéologique. Ou, encore mieux, que tous les candidats à la municipalité figurent sur une seule liste avec la simple mention de leur appartenance partisane, les citoyens n’ayant plus qu’à cocher leurs cinq préférés. Sans l’introduction de ce type de réformes, ou d’une espèce de formule magique admise par tous les acteurs, le principe même de l’élection majoritaire devrait être abandonné.

Un 2e tour qui frise le scandale

A Lausanne, il faut encore ajouter la tenue d’un 2e tour qui frise le scandale. On y voit se présenter des candidats sans assise politique et un autre qui change le nom de sa liste pour profiter d’une campagne gratuite contre la RIE III. Tous de gauche, ils empêchent ainsi l’élection tacite d’un candidat légitimé au 1er tour. Mais, puisque la majorité prétend laisser un siège à la droite, on attend qu’elle invite publiquement ses troupes à voter pour le candidat PLR au lieu de les laisser tout naturellement élire… un septième municipal de gauche!

mh.miauton@bluewin.ch

Publicité