Editorial

Barrages: les petits pas de Jean-Michel Cina

Les questions étaient nombreuses sur fond de tensions entre plaine et montagne. Comment fallait-il répartir la manne du renouvellement des concessions des barrages valaisans? Qui devait devenir propriétaire des aménagements? Aux grandes questions, le conseiller d’Etat Jean-Michel Cina apporte une réponse minimaliste, un tout petit pas. «Une étape», promet-il. Les sociétés hydroélectriques attendaient son projet depuis longtemps pour définir leur stratégie sur le marché difficile de l’électricité. Elles n’auront certainement rien à reprocher aux minimes modifications législatives demandées par le ministre. Ces dernières n’empêchent nullement les électriciens de rester majoritaires dans les barrages valaisans, s’ils savent convaincre les communes de leur laisser leur part. Le ministre propose une répartition idéale de 60% pour les collectivités publiques valaisannes et de 40% pour les partenaires romands et alémaniques, afin de «respecter un équilibre national». Mais ce rapport de force peut varier en fonction des volontés et des finances de chacun.

Les communes valaisannes propriétaires des eaux des barrages avaient aussi largement préparé le terrain en ce sens. Elles représentent une courte majorité des communes valaisannes, sont essentiellement en montagne et surtout en main du PDC. En 2012, elles ont fait savoir qu’elles acceptaient de partager les barrages avec les autres communes et l’Etat à hauteur de 30%, et avec les électriciens à hauteur de 40%. Cette solution a été établie entre les communes haut-valaisannes et le barragiste allemand EnAlpin, très présent dans la région. La seule concession que leur demande aujourd’hui Jean-Michel Cina, c’est d’accepter d’accorder un tarif très préférentiel à l’Etat du Valais pour l’achat de 30% des parts des barrages. Cette solution permettra de renforcer les Forces motrices valaisannes (FMV), appelées à devenir la colonne vertébrale de la production et des réseaux électriques valaisans face aux géants de l’électricité.

Les grandes perdantes de ce projet semblent être les communes non concédantes qui ne reçoivent ni rabais sur des actions, ni hydrodollars. «Elles deviennent copropriétaires des barrages par le biais des Forces motrices dont elles sont actionnaires», justifie Jean-Michel Cina, qui a choisi de ne pas reconsidérer la répartition des droits d’eau au nom du respect de la propriété. La capitale, Sion, est actionnaire à 2,8% des FMV. Les villes accepteront-elles ce contrat qui permet aux communes de montagne de toucher plusieurs milliards de francs sonnants et trébuchants?