(in) culture

Elémentaire, mon cher Conan

RTS Deux diffuse lundi soir le documentaire «Sherlock Holmes contre Conan Doyle», écrit par Michel Le Bris. Ou comment un écrivain qui se rêvait sérieux fut terrassé par sa créature

New York, 2 juin 1922. Dans un salon du McAlpin, qui est alors le plus grand hôtel au monde, Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack écoutent Sir Arthur Conan Doyle, invité à partager sa passion pour le spiritisme. Le voilà qui affirme qu’il est possible de matérialiser ses pensées. Sur un écran apparaissent alors des dinosaures. Le New York Times avance le lendemain deux hypothèses: soit un monde préhistorique a été découvert, soit les théories de Conan Doyle sont vraies. En réalité, il s’agissait de la projection des premières images du Monde perdu, adaptation par Harry O. Hoyt du roman éponyme de l’écrivain britannique. Cooper et Schoedsack sont sidérés. Dix ans plus tard, ils utiliseront la même technique d’animation image par image pour leur mythique King Kong.

Lire aussi: Son nom est «Kong», King Kong

Cette histoire, Michel Le Bris la raconte au début de Kong, roman de mille pages consacré à l’aventure de ce film hors norme. Si le Français a fait de Conan Doyle un des premiers personnages à apparaître dans son livre, ce n’est pas un hasard. Il est aussi un grand admirateur de celui qui restera à jamais, plus que l’auteur du Monde perdu, le créateur d’un des plus fameux héros de l’histoire de la littérature. Du personnage qui compte le plus d’apparitions au cinéma et à la télévision, loin devant un certain suceur de sang transylvanien.

Lundi soir, RTS Deux diffuse Sherlock Holmes contre Conan Doyle, un documentaire écrit par Michel Le Bris. Tout est dans ce titre. Sir Arthur s’est littéralement battu contre le détective qu’il a imaginé, et dont il pensait qu’il ne serait qu’un gagne-pain lui permettant de se consacrer à des romans autrement plus sérieux. Il était loin de trouver élémentaire que tel le docteur Frankenstein, il serait totalement dépassé par sa créature. Il tentera même de l’assassiner. En vain. Sherlock Holmes n’est pas James Bond, mais il ne meurt jamais. Conan Doyle a perdu. Holmes le phénix lui a échappé, sa science de l’observation et de la déduction l’ont éclipsé.

Lire également: Lapinot aussi fort que Sherlock

Héros populaire par excellence, le privé a été incarné par pléthore d’acteurs plus ou moins convaincants. A la télévision, deux séries anglaises se distinguent: l’historique Sherlock Holmes entre 1984 et 1994, la contemporaine Sherlock depuis 2010. Jeremy Brett et Benedict Cumberbatch ressemblent tous deux à l’idée qu’on peut se faire du locataire du 221B, Baker Street. Mais j’ai aussi un faible pour Nicholas Rowe, qui en 1985, dans Le Secret de la pyramide, incarnait un Holmes juvénile. Parmi les infidèles adaptations des aventures du détective cocaïnomane, celle-ci reste ma madeleine.


Les dernières chroniques (in) culture

Publicité