Opinion

Elèves ingérables? Une réflexion à la fois systémique et locale s’impose

OPINION. Face aux difficultés d'enseigner dans les cycles d'orientation que mettait en lumière «Le Temps» il y a deux semaines, Jean-Michel Bugnion, ancien directeur de CO prône le dialogue entre toutes les acteurs de l'école

L’élève ingérable est un élève qui n’a pas trouvé sa place dans le collectif, qui ne voit pas de sens à sa présence et qui doit se faire remarquer, négativement évidemment, pour avoir le sentiment d’exister dans la communauté scolaire. Il se met et se vit en marge, trouve sa satisfaction à être reconnu comme perturbateur, plutôt que dans l’obtention de bonnes notes qui lui semblent hors d’atteinte. Il porte donc en lui un fort sentiment d’exclusion qui fréquemment engendre une position de révolte contre le système.

Par conséquent, le seul moyen efficace de le rendre gérable consiste à lui montrer qu’il a sa place dans le collectif, lui permettre de réaliser qu’il vaut quelque chose au regard des adultes de l’école. Mais, pour y parvenir, il s’agit d’élargir la réflexion, de passer de l’individuel au systémique; c’est tout l’art de la gestion locale d’une école: instaurer une relation de confiance, établir un cadre de référence clair, promouvoir des valeurs fortes, comme le respect, la solidarité ou la valorisation des compétences manuelles ou sociales.

Le rôle du prof

Le prof est un individualiste, seul maître à bord après Dieu, sa porte de classe fermée, dit-on. Au contraire, il est, à mes yeux, un membre d’une équipe, un rouage incontournable du système qui contribue au bon fonctionnement de celui-ci. A l’âge du Cycle particulièrement, un enseignant qui dysfonctionne provoque chez les élèves des réactions et des sentiments qui vont perdurer à la fin du cours, se prolonger au suivant et se répandre dans l’ensemble des tuyaux de communication de l’établissement. Naissent alors des rumeurs, des jugements de valeur, des procès d’intention très difficiles à contrer et très dommageables pour toute l’école. Mais, me direz-vous, tout le monde peut commettre une erreur! Absolument et c’est exactement ce qu’il faut faire comprendre à tous les usagers de l’école: chacun est un élément de l’ensemble, chacun contribue à son bon fonctionnement, mais chacun a le droit de se tromper; l’essentiel est de le reconnaître.

Il est urgent de revenir à davantage d’autonomie locale de manière à partager le pari de la confiance avec les acteurs de terrain

Il convient donc de créer un climat de confiance, d’abord entre l’équipe de direction et tous les autres adultes de l’école de manière à ce que chacun puisse admettre son erreur sans se sentir en danger; ensuite, cet état d’esprit s’étendra naturellement aux élèves, leur donnant à chacun le sentiment d’être un élément aussi important que les autres de la classe et de l’établissement.

Mais la confiance seule ne suffit pas, il faut aussi instaurer un cadre clair, faisant office de référence et partagé par tous, élèves et adultes. Celui-ci permettra de qualifier l’importance de l’erreur, sa réparation et offrira aux adolescents une image de cohérence des adultes et de leur autorité.

Donner du sens à chacun

Enfin, ce cadre doit donner un sens à la présence de chacun. Apprendre, ce n’est pas seulement accumuler des connaissances, c’est aussi se respecter et respecter les autres. Aider un copain à faire ses devoirs, ce n’est pas seulement de la gentillesse, c’est aussi démontrer que deux cerveaux, ou plus, valent mieux qu’un. Construire un bel objet, ce n’est pas que de la satisfaction personnelle, c’est aussi prouver qu’il y a des compétences et des intelligences multiples.

Bien sûr, il y aura toujours des élèves et des adultes qui trahiront la confiance, mais, dans un cadre de référence signifiant et un climat général d’ouverture, cela restera des exceptions, certes très dérangeantes mais reconnues comme telles et incapables de déstabiliser le fonctionnement d’un groupe ou de l’ensemble.

Reste un obstacle à surmonter: actuellement, les équipes de direction croulent sous les directives et le constant rendre compte que commande la politique, leur consacrant une bonne partie de leur temps et de leur énergie. Il est urgent de revenir à davantage d’autonomie locale de manière à partager le pari de la confiance avec les acteurs de terrain!

Publicité