Les milieux qui ont lancé et qui appuient l’initiative sur les traités internationaux soumise au vote des Suisses le 17 juin se font de la souveraineté une idée qu’il est aisé de réfuter. Ce n’est pas en signant le moins possible d’accords internationaux et ce n’est pas en rendant leur ratification plus difficile, en effet, que la Suisse préservera le mieux ses intérêts sur la scène internationale, et donc sa souveraineté.

Au contraire, un pays si étroitement dépendant de ses voisins, de l’Europe et du monde a un besoin vital de pouvoir compter sur la sécurité que procurent des relations fondées sur le droit international plutôt que sur de purs rapports de force – politiques, diplomatiques ou commerciaux. A cette fin, la marge de manœuvre des négociateurs suisses doit être préservée et ne pas être réduite inutilement.

Quant à la nécessité de donner une légitimité politique et démocratique aux engagements pris par nos négociateurs, les règles en vigueur y pourvoient déjà amplement. Il n’est nul besoin de les bouleverser. L’histoire montre d’ailleurs qu’il n’a pas fallu attendre l’ASIN et son initiative pour que les orientations les plus importantes de la politique extérieure soient soumises d’office par le Conseil fédéral et les Chambres à la double approbation du peuple et des cantons, même dans les quelques cas où la nécessité juridique d’organiser un référendum obligatoire était incertaine: adhésion à la SDN en 1920, adhésions – refusées – à l’ONU en 1986 et à l’EEE en 1992.

Ce dont rêvent par-dessus tout les auteurs de l’initiative, c’est de réussir enfin à provoquer une crise majeure avec l’Union européenne en faisant échouer un accord sans lequel la poursuite de nos relations avec Bruxelles serait définitivement compromise. Stratégie du pire dont tous les isolationnistes rassemblés, malgré leurs efforts redoublés contre les accords bilatéraux avec l’UE, n’ont jamais pu convaincre une majorité de Suisses.

Ne nous trompons dès lors pas de débat. Ne confondons pas cette initiative outrancière, passéiste, avec les questions légitimes, utiles même, mais qui ne sont pas propres à la Suisse, que soulève une souveraineté étatique toujours plus partagée.

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