Après des décennies de vaisselle cassée, le ménage coréen est en train de patiemment recoller les morceaux. On est encore loin de réintégrer une maison commune, mais les signes d’un profond changement de part et d’autre d’un 38e parallèle ultra-militarisé deviennent difficiles à ignorer. Cette semaine, les leaders du nord et du sud de la péninsule sont tombés dans les bras l’un de l’autre pour la troisième fois en cinq mois. Cette fois-ci, c’était à Pyongyang. Ils promettent de remettre cela au plus vite à Séoul.

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On a parlé de paix et de nucléaire, bien sûr. Mais pas seulement. C’est dans ces à-côtés que se mesure précisément le bouleversement à l’œuvre. Pour «promouvoir l’atmosphère de réconciliation», le Nord et le Sud procéderont à des échanges culturels dès le mois prochain. A l’avenir, les athlètes des deux pays participeront «ensemble» aux compétitions internationales, comme on l’avait vu avec les hockeyeuses à Pyeongchang. L’objectif? Porter une candidature commune pour les JO d’été de 2032.

Au nom d’un peuple

On reste dans les symboles, mais ils comptent: le 1er mars prochain, les deux Corées célébreront en commun le 100e anniversaire d’un soulèvement anti-japonais considéré comme la naissance du nationalisme coréen. Sans plus attendre, jeudi, Kim Jong-un emmenait son homologue sud-coréen Moon Jae-in escalader le mont Paektu, que la légende présente comme le lieu d’origine de la civilisation coréenne.

Plus concrètement, les deux Corées veulent rétablir la connexion entre leurs lignes de chemin de fer, créer des zones de commerces communes, développer les échanges de touristes et faciliter les retrouvailles entre familles séparées depuis 1950. Kim Jong-un et Moon Jae-in affirment agir au nom du peuple, d’un peuple: la nation coréenne.

Un courant naturel

Tout cela reste suspendu au bon vouloir des parrains américains et chinois. L’accord de paix qui doit succéder à l’armistice en vigueur depuis 1953 et la dénucléarisation de la péninsule se décideront selon leurs intérêts. Mais là aussi, les deux Corées font bouger les fronts. Le Nord reconnaît un rôle de médiateur au Sud alors que ce dernier était qualifié jusqu’à il y a peu de simple marionnette des Etats-Unis. A l’inverse, le Sud commence à soutenir publiquement l’approche de Pyongyang pour négocier: l’accord de paix doit précéder une complète dénucléarisation de la Corée du Nord, et non pas l’inverse comme le soutient Washington.

Moon Jae-in s’en expliquera la semaine prochaine avec Donald Trump. Kim Jong-un espère en faire de même en se rendant bientôt aux Etats-Unis. Les sceptiques diront que ce dialogue est fondé sur trop de malentendus pour ne pas déraper. C’est fort possible. Mais on assiste en ce moment à une émancipation des Coréens du Nord comme du Sud. Et il sera difficile de stopper ce courant naturel.

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