Editorial

Emmanuel Macron, la disruption républicaine

La perspective d’une écrasante majorité de députés pour La République en marche! promet de transformer de fond en comble l’exercice du pouvoir en France. Plus qu’une rupture ou un renouvellement: une disruption

On ne mesure pas encore ce que va engendrer, dans l’exercice quotidien du pouvoir en France, le raz-de-marée annoncé de députés de La République en marche! et l’explosion confirmée des partis traditionnels. Certains historiens font déjà la comparaison avec la création de la Ve République en 1958 par le général de Gaulle.

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Parallèle séduisant. De Gaulle, convaincu de l’importance du lien entre le chef de l’Etat et la nation, était alors revenu aux commandes du pays pour en finir avec les «vieux partis» discrédités par l’instabilité gouvernementale et embourbés dans les guerres coloniales. A charge pour les experts et les technocrates gaullistes, au sein du Commissariat au plan, d’adapter le pays aux grands défis énergétiques et industriels de l’époque.

Consultez notre dossier dédié aux élections françaises.

Cette comparaison ne traduit pas, toutefois, la refondation en cours dans l’Hexagone. Car ce qui s’est passé dimanche dans les urnes annonce un autre type de saut dans l’inconnu. Emmanuel Macron, rappelons-le, n’a que 39 ans et n’avait jamais été élu avant d’accéder à l’Elysée. Les candidats de son mouvement n’ont, en grande majorité, aucune connaissance des mécanismes parlementaires, et la plupart n’avaient, auparavant, jamais sollicité de mandat électif. Plus important encore: leurs itinéraires n’ont, souvent, pas grand-chose en commun. Si tous viennent plutôt des catégories socioprofessionnelles supérieures et si beaucoup ont une expérience professionnelle ou associative de la vie publique, leur capacité à travailler ensemble et à constituer, après le 18 juin, une majorité cohérente à l’Assemblée nationale demeure une interrogation.

Retrouvez notre suivi de la soirée du premier tour.

Exit les anciens attachés parlementaires devenus députés. Exit les hauts fonctionnaires recyclés à l’Assemblée. Exit les élus roués aux mécanismes législatifs et fins connaisseurs des rouages financiers de l’Etat. Exit les cumulards, puisque ces futurs parlementaires le seront à plein-temps, en raison de l’application stricte du non-cumul des mandats. Exit les combines et prébendes partisanes. L’analogie la plus pertinente pour juger du tsunami Macron est celle de la disruption numérique.

La volonté de réhabiliter la valeur d’usage de la politique est affirmée. Le souci d’associer davantage les citoyens aux décisions est revendiqué. Le désir de ne pas devenir un parti «comme les autres» est scandé. Le culte du chef et de l’innovation sont assumés. L’ubérisation de la politique française est devenue, ce dimanche, une réalité.


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