Revue de presse

Emmanuel Macron, «extraterrestre» et joker du gouvernement Valls 2

Avec le sherpa qui murmure à l’oreille de François Hollande placé aux côtés de Michel Sapin à Bercy, l’ordre devrait désormais régner. Balade médiatique autour de cet «ovni» embarqué mardi dans une équipe gouvernementale remaniée et purgée de ses rebelles

En tout cas, on peut dire que personne ne l’a vu venir, celui-là. «C’est un extraterrestre, reconnaît, dans un mélange d’admiration et de dépit, un banquier parisien qui a travaillé avec lui.» Le très distingué et prometteur Emmanuel Macron remplace donc Arnaud Montebourg au Ministère français de l’économie, dont le site internet ne le dit d’ailleurs pas encore ce mercredi matin. Si méconnu, l’homme, que beaucoup de journaux ont dû ressortir d’anciens articles, comme Libération ou Le Nouvel Observateur. C’est ainsi avec eux que l’on a appris à faire connaissance. Le premier des deux titres: «Avec Sapin et Macron, l’ordre règne à Bercy.»

Et là, c’est quasi un choc. D’abord le curriculum. A 25 ans, thésard en philosophie, il est l’assistant de l’immense herméneute et phénoménologue Paul Ricœur. A 30 ans, «après un passage par l’ENA et l’Inspection des finances, il entre chez Rothschild & compagnie comme banquier d’affaires» – un peu comme… Georges Pompidou (1911-1974) en son temps, lettreux devenu directeur général de la même banque.

Pour Nestlé avec Brabeck

Puis, à 35 ans, c’est-à-dire en 2012, «il est nommé gérant et se retrouve à piloter l’un des plus gros deals de l’année (le rachat par Nestlé d’une filiale de Pfizer). Un deal à 9 milliards d’euros qui lui permet de devenir illico millionnaire… Quelques jours plus tard, il entre à l’Elysée au poste de secrétaire général adjoint.» Non sans avoir «réussi à construire une relation quasi filiale avec Brabeck, alors que le personnage n’est vraiment pas commode, admire un banquier de la place». Excusez du peu.

Et pour ceux qui voudraient en savoir encore davantage, il suffit d’aller sur Slate.fr pour découvrir encore qu’«il a épousé sa prof de français de lycée». «Un jour, il m’a confié que les jeunes l’ennuyaient», avait raconté un de ses camarades. «Son condisciple a épousé une femme de vingt ans de plus que lui qu’il avait rencontré alors qu’il était élève à Henri IV: sa professeure de français». Dans un article de 2013, L’Express expliquait:

«Quand il dit qu’il va rejoindre ses petits-enfants en week-end, le trentenaire ne parle pas de ses enfants en bas âge, mais bien de ses petits-enfants. En réalité, ceux de sa femme, […] mère de trois grands adultes. Cette professeure de français enseigne dans une institution religieuse réputée de la capitale. «Elle est de ces profs dont les élèves se souviennent longtemps, parce qu’elle leur a donné le goût de la littérature», relate un de ses collègues.»

«Il saute une génération»

Mais encore? «En politique, Macron, encarté au PS dès 24 ans, ne perd pas son temps à refaire le monde avec des trentenaires. Il saute une génération. Et se met très vite au service de François Hollande. […] Immédiatement, le courant passe.» Mais le banquier de Rothschild n’est pas venu au service de la victoire. «Pour lui, c’était le député de Tulle ou rien.» «J’étais convaincu que c’était l’homme de la situation après cinq ans de sarkozysme. Il a la France dans sa chair», dit-il.

Et tous deux sont faits «du même bois». Un proche précise: «Comme Hollande, Emmanuel est à la fois sympathique, peu clivant et d’une grande plasticité idéologique. De gauche, il l’est. Mais une gauche plutôt libérale, à cheval sur le rétablissement des finances publiques et le libre jeu du marché.» Voilà pour l’essentiel des infos fournies par Libé le… 17 septembre 2012. On a affaire à un sherpa.

«Jeune, beau, brillant»

Le Nouvel Obs, quant à lui, se demande «qui est ce surdoué de 36 ans». Et détaille: «Il est jeune. Il est beau. Il est brillant.» «Manu», pour les intimes, il «intrigue les puissants et passionne les médias, […] l’inspirateur du nouveau cap économique de François Hollande». A peine entré à l’Elysée, «certains le voyaient déjà à Bercy quand d’autres l’imaginaient en nouveau théoricien de la «deuxième gauche», une gauche réformiste devenue orpheline depuis le crash de Dominique Strauss-Kahn».

Et puis il y a cette anecdote, délicieuse. «Bombardé porte-parole de l’Elysée en février 2014, Aquilino Morelle avait aimablement proposé au Nouvel Observateur de jouer les duègnes en faisant descendre le jeune conseiller dans son vaste bureau jouxtant celui du président. La conversation devrait rester «off», exigeait-il. La scène était croquignolesque. Morelle le gauchiste tentant de joindre Macron le droitier sur son portable. Une fois, deux fois, trois fois… Mais le benjamin ne décrochait pas. Il a horreur qu’on le siffle.»

Cela ne va pas rassurer à gauche

Mais il va falloir travailler à un autre niveau, maintenant. Les éditorialistes ne sont pas dupes: «parmi les nouvelles têtes» du gouvernement Valls 2, c’est bien celle du nouveau locataire de Bercy qui retient le plus leur attention. Et leur pensée aiguisée: «Nommer à Bercy quelqu’un qui plaidait en privé, lorsqu’il était conseiller de François Hollande, pour la remise en cause du SMIC ou la fin des 35 heures, voilà qui ne va pas rassurer l’aile gauche du PS», commente par exemple Sud-Ouest. Pour le Financial Times, c’est un véritable «pari politique».

Mais cela montre que le président «n’a plus aucune hésitation sur le cap qu’il entend suivre. […] Avec Emmanuel Macron à l’Economie, Michel Sapin aux Finances et Manuel Valls à Matignon, le pacte de responsabilité aura désormais toute l’ingénierie nécessaire pour sa mise en œuvre. Précisément ce que veut François Hollande. Et dont ne veut plus entendre parler Arnaud Montebourg.» «Certains ne manqueront évidemment pas d’ironiser sur la promotion accordée à un banquier par celui qui s’enflammait autrefois à propos de son ennemi la finance», fait remarquer de son côté Le Républicain lorrain.

L’Europe «bouche bée»

Et pendant ce temps, «le reste de l’Europe continue de regarder bouche bée ce qui se passe en France», constate Alex Taylor sur France Inter. «Mais qui es-tu, Emmanuel Macron?» demande par exemple La Libre Belgique. «Eh bien c’est un «fedelissimo», un fidèle parmi les fidèles de François Hollande», explique La Repubblica à Rome. Quant à The Economist, il rappelle «que le nouveau ministre de l’Economie trouvait l’idée de surtaxer les plus riches, proposée pourtant dans le programme de François Hollande, c’était comme vivre à Cuba», mais «sans le soleil». C’est précisément ce que Le Figaro appelle un regard «franc», avec une «parole dosée». Tout juste, en privé, ose-t-il parfois ce genre d’«impertinences».

En public aussi, si l’on en croit Le Monde, qui se souvient d’un forum à Sciences Po où celui que Le Huffington Post voit comme «l’hémisphère droit de Hollande» avait «estimé que les Allemands devraient être «un peu plus keynésiens en ce moment». «On est dans cette tension amicale avec l’Allemagne […], comme vous le savez, Mme Merkel n’a pas les mêmes idées que moi, mais nous avons une obligation tous les deux: faire que l’Europe puisse avancer» avait-il encore affirmé.»

Le magazine britannique conclut donc en toute bonne logique «que le nouveau gouvernement est nettement plus «business friendly», favorable aux entreprises que le précédent.» Le Wall Street Journal parle même de «Pro-Business Platform». Et à Madrid, El País consacre son éditorial à ce gouvernement de tecnócratas. Il n’y avait pas d’autre solution, mais «la tâche va être rudement difficile».

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