Editorial

Emmanuel Macron doit incarner la France qui change

S’il veut convaincre, le président français élu dimanche doit continuer de miser sur une rupture respectueuse. Rupture de style avec son prédécesseur. Rupture de génération. Rupture politique avec le système des partis qu’il est parvenu à bousculer

Emmanuel Macron a donné le ton, dimanche soir, avec son arrivée solitaire et solennelle sur l’esplanade du Louvre, au pied de la pyramide de verre du plus grand musée du monde. Le choix de l’Hymne à la joie de Beethoven, symphonie européenne, et sa décision d’avancer seul vers ses milliers de supporters, avaient évidemment valeur de référence et de message. Référence à la marche de François Mitterrand au Panthéon, en 1981. Message visuel destiné à incarner le face-à-face entre la nation et le chef qu’elle vient de se choisir dans les urnes. A 39 ans et quatre mois, le président élu est tout de suite entré dans la fonction. La rupture avec François Hollande, dont il suivit pas à pas l’intronisation hésitante en mai 2012, ne pouvait pas être plus criante.

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Cette scène chorégraphiée, conçue pour les caméras du monde entier, avait de quoi irriter par son côté artificiel et fabriqué. Mais dans l’état où se trouve l’hexagone, un tel choix doit plutôt être salué. La France a cruellement besoin, après une campagne qui l’a fracturée et avant des législatives qui menacent de rouvrir ses plaies, de retrouver confiance dans ses institutions. Partout dans ce pays tenté par les extrêmes, la soif d’une autorité respectée est perceptible. Le drame du quinquennat trop «normal» de François Hollande, on le sait, est d’avoir peu à peu miné la perception qu’ont les Français de la fonction présidentielle. L’Elysée, où Emmanuel Macron sera officiellement investi dimanche 14 mai, doit redevenir un lieu du pouvoir respecté, au-dessus des partis. Et un point de repère pour l’Europe et la communauté internationale.

Il ne s’agit pas, ici, de croire que les frustrations politiques de cette présidentielle vont soudainement s’évaporer. La colère révélée par ce scrutin demande des réponses autrement plus complexes. Parti sans troupes, seul contre les partis, l’ex «banquier» Emmanuel Macron n’est pas le président d’une France unanime. Parmi les 66% d’électeurs qui ont voté pour lui, beaucoup s’interrogent et certains rêvent de lui imposer, demain, une cohabitation. Le président élu doit donc, très rapidement, créer de l’adhésion, et confirmer, en quelques décisions et nominations, ses quatre engagements de campagne: celui de la jeunesse et du renouvellement, celui de la compétence et de la crédibilité économique, celui de la diversité et celui de l’esprit d’initiative et de l’audace.

Une majorité de Français ont acté, dimanche, leur volonté de changement d’hommes, et de rénovation de leur vie politique. La priorité du président élu doit être maintenant de l’incarner. En misant sur l’empathie, le respect et l’effet de surprise qui ont tant profité au candidat Macron.

Dossier
La France en campagne

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